Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

mercredi 21 février 2018

Héroïsme contributif


Quand des très riches veulent contribuer
                                                     Sans qu'on ne leur demande rien...  
     Mais qu'est-ce qu'il lui prend à Bill Gates de vouloir soudain vouloir jouer son rôle citoyen, de (déclarer) vouloir payer plus d'impôts.
   Repentance? défense et illustration de son image de marque? soif de notoriété, comme pour la charity-business?...Mais que va-t-il lui rester?
   Après tout, comme disait l'autre, il y a assez de pauvres pour payer, ils sont nombreux. En plus on risque d'avoir moins de ruissellement. Et les libéraux se méfient des prélèvements néfastes, Comme disait JB Say: 
  • L'impôt est une agression et une pénalité contre la propriété acquise et produite, qui conduit nécessairement à une réduction de la création de richesse incorporée dans cette propriété, et à un abaissement du niveau général de vie. L'impôt est un transfert forcé, non consenti, d'actifs patrimoniaux.
        Etre très riche, ça se mérite et cela donne des droits hors du commun
  C'est comme l'archi-milliardaire un peu farceur, Warren Buffet, qui déclarait naguère: ..."Nous espérons que nos impôts vont continuer à augmenter à l'avenir - cela voudra dire que nous prospérons -, mais nous espérons également que le reste du monde américain des affaires place la barre aussi haut que nous"
  Nobles intentions. Suivies d'effets? On ne sait trop. En proportion de ses revenus? On demande à voir. Avec les conséquences attendues? On en doute.
   Plus sérieux, le richissime Bill Gross met les pieds dans le plat, trahissant les siens. Il défend une réforme fiscale qui taxe davantage les revenus du capital. "La culpabilité me gagne et je commence à me désoler pour les gens moins gâtés", écrit-il à ses clients. "Si vous faites partie des 1% de privilégiés, vous devriez (...) être prêts à payer des impôts plus élevés" sur les profits tirés des actifs financiers, poursuit ce résident de Californie âgé de 69 ans, au nom de la "croissance économique".
        Ah! la culpabilité... Mais aux States, c'est ainsi: l'émotion prend le plus souvent le pas sur la réflexion et l'exigence simplement démocratique de justice.
  Et quand l'Etat laisse faire ou se fait complice. La justice distributive perd son sens.
        Faut-il faire payer les riches? Question récurrente, qui scandaliserait B. Arnaud, F.Pinault et les autres...qui aiment trop la douceur des paradis exotiques. Un peu mais pas trop...C'est déjà assez difficile de tenir son rang.
  On ne leur a pas expliqué que la juste fiscalité est un simple devoir civique et que  les plus riches, qui ne sont pas tous des self made men, peuvent coûter cher.
    Roosevelt, pourtant pas gauchiste pour un sou, n'avait pas hésité à taxer lourdement les grosses fortunes pour contribuer à l'effort de redressement national d'après crise. Après tout, elles avaient bien contribué aux dérives financières qui mirent le pays à genoux, et il leur resta assez pour ne pas se pointer à la soupe populaire.
      Vieux problème
  Déjà sous Colbert et Mazarin, on se creusait la tête:
                   Colbert : Pour trouver de l’argent, il arrive un moment où tripoter ne suffit plus. J’aimerais que Monsieur le Surintendant m’explique comment on s’y prend pour dépenser encore quand on est déjà endetté jusqu’au cou…
Mazarin : Quand on est un simple mortel, bien sûr, et qu’on est couvert de dettes, on va en prison. Mais l’État… L’État, lui, c’est différent. On ne peut pas jeter l’État en prison. Alors, il continue, il creuse la dette ! Tous les États font ça.
Colbert : Ah oui ? Vous croyez ? Cependant, il nous faut de l’argent. Et comment en trouver quand on a déjà créé tous les impôts imaginables ?
Mazarin : On en crée d’autres.
Colbert : Nous ne pouvons pas taxer les pauvres plus qu’ils ne le sont déjà.
Mazarin : Oui, c’est impossible.
Colbert : Alors, les riches ?
Mazarin : Les riches, non plus. Ils ne dépenseraient plus. Un riche qui dépense fait vivre des centaines de pauvres.
Colbert : Alors, comment fait-on ?
Mazarin : Colbert, tu raisonnes comme un fromage ! il y a quantité de gens qui sont entre les deux, ni pauvres, ni riches… Des Français qui travaillent, rêvant d’être riches et redoutant d’être pauvres ! C’est ceux-là que nous devons taxer, encore plus, toujours plus ! Ceux-là ! Plus tu leur prends, plus ils travaillent pour compenser…
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mardi 20 février 2018

Jazz en deuil

Il a rejoint (trop tôt) Stéphane et Django.
                                                              Laissant son violon en deuil,
                                         Sa palette de peintre.
                  Mais on peut encore écouter Didier Lockwood 
    Ici notamment.

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Réindustrialiser?

Oui, mais comment?
                       Redressement productif,  nouveau mythe ? 
___Points de vue
___________________On peut toujours invoquer cette nouvelle idée-fétiche, le verbe ne suffit pas, même si la chose est ardemment souhaitée...
   Le thème revient de manière récurrente.
  Les récentes opérations de rachat par des groupes étrangers de fleurons de l'industrie française comme  Alstom n'incitent pas à l'optimisme.
  Le délitement du tissu industriel se poursuit et peut se mesurer.
     Dans le cadre du libéralisme non régulé en vogue, d'une mondialisation à tout-va au gré des dogmes de l'OMC, des délocalisations vers les pays à bas coûts de main d'oeuvre, certains estiment qu'il n'y a plus qu'une voie possible, pour se hisser au niveau de l'Allemagne considérée comme modèle en la matière, le développement de la haute technologie, soutenue par les nouvelles techniques issues du numérique et de l'intelligence artificielle, de la culture algoritmique, notamment le développement de la robotique.
  De nouveaux défis nous attendraient, selon Patrick Artus. Le numérique serait notre salut.
     Mais la baisse des coûts, prônée pas certains, n'est pas la solution, au contraire. L'exemple de l'Allemagne, entre autres, le montre assez clairement a contrario.
____________Le simple patriotisme économique incantatoire ayant montré ses limites, comment sortir du cercle vicieux qui s'est installé dans l'eurozone?
  "La situation de sous-investissement actuelle en Europe n'est pas le fruit du hasard, mais bien le résultat à long terme de la dérégulation économique qui tenait lieu de politique publique dans les années 70-80. À force de ne plus investir sur son sol l'occident se retrouve aujourd'hui dépourvu d'entreprise et d'hommes aptes à le faire avancer. Son élite vivant de sa rente en important des masses d'objets que nos pays ne savent plus fabriquer. Aucune nation ne s'est jamais enrichie en achetant aujourd'hui ce qu'elle faisait elle même hier. Tout juste, cette situation permet-elle à quelques groupes sociaux minoritaires de sortir enrichis pendant que la masse de la population s'appauvrit...
      __Selon  Jacques Sapir , "ce sont les chiffres qui comme d'habitude infirment par l'absurde l'efficience de mesure d’austérité sur l'économie des pays en crise. Et que l'on ne parle pas de faire des économies aujourd'hui pour rebondir demain, car on voit mal comment un pays qui connaît un effondrement de ses investissements productifs, soit à même d'hypothétiquement relancer la machine économique, peut préparer l'avenir. La Grèce est doublement punie. L’effondrement des salaires ne la rend pas suffisamment compétitive pour concurrencer l’Europe de l'Est ou l'Asie. Et dans le même temps, l'effondrement de la demande induite par ces politiques a produit un effondrement de l'investissement productif ce qui se mesure dans l'évolution de la formation brut du capital. Disons-le tout net. Les entreprises n'investissent que si elles pensent que cet investissement est nécessaire. À quoi bon accroître les capacités de production, si la demande que l'on prévoit est en baisse ? Le FMI et la BCE redécouvrent ce que Keynes avait démontré depuis longtemps, le lien entre l'investissement et la demande est l'inverse de ce que pense la doxa libérale. C'est la demande qui pousse l'investissement et non l'inverse....
       Pour réorienter l'investissement en France, il faut avant tout faire en sorte que les entreprises n'aient pas d'autre choix que de le faire. Tout d'abord en rendant les importations non compétitives en jouant sur la dévaluation, les quotas et les droits de douane. Ces politiques devront être à la mesure du problème. Ensuite en redonnant à la demande un vrai dynamisme, car comme je l'ai dit précédemment ce n'est pas l'investissement qui crée la demande, mais le contraire. Étrangement et contrairement aux idées actuellement très en vogue, relancer les salaires en France ne refera pas reculer l'investissement bien au contraire. En anticipant une demande en hausse et en bloquant les possibilités de faire appel à l'étranger pour produire nos entreprises seront beaucoup plus enclin à investir dans notre pays. On l'a bien vu dans la courte période 1998-2000, il a suffi d'une dévaluation et d'un retour à l'anticipation positive pour que l'investissement reparte fortement pendant quelque temps. Bien payer les salariés ce n'est pas amoindrir l'investissement, c'est bien au contraire le favoriser. Il faut sortir de l'idée absurde qui conduit à penser le dynamisme économique comme contraire au bien-être de la population."
Pour un nouveau contrat d'entreprise
__Malgré les apparences, la situation de l'Allemagne n'est pas si brillante. 
___Selon le Nouvel Economiste, des dogmes fatals sont à l’origine de la désindustrialisation de la France :
      "Etrange défaite, curieuse déroute dont les causes réelles remontent en fait à trois décennies, ces “trente piteuses” pilotées par trois dogmes successifs responsables de cette lente désindustrialisation : “la société post-industrielle”, “la nouvelle économie”, “l’entreprise sans usine”… Adieu ateliers et usines, rapidement troqués contre des bureaux, la fabrication contre des prestations, le secondaire contre le tertiaire, si noble et peu salissant. C’était un peu vite oublier que les activités de services se nourrissent, en support, de celles de l’industrie, pour une large part. Qu’elles ne sont point rivales mais complémentaires jusqu’à être indissociables. Et que le plus souvent, les industriels avaient externalisé un certain nombre de tâches et missions, ne serait-ce qu’en faisant appel à des sociétés d’intérim. Bref, que du passé industriel il était franchement impossible de faire table rase....un beau jour de 2001, Serge Tchuruk, patron d’Alcatel, se fit le chantre du “Fabless”, “l’entreprise sans usines”; les cerveaux européens sous-traiteraient aux milliers de petits bras asiatiques le travail industriel à faible valeur ajoutée. Cette illusion dura juste le temps pour les Chinois de mettre leur recherche à niveau, de proposer des innovations rudement concurrentielles afin de livrer de sévères batailles sur les marchés mondiaux. Tout faux. Alors que la mondialisation érode les marges, provoquant un véritable cercle vicieux. Laminées, ces dernières ne permettent plus les investissements, impossible de monter en gamme, les produits devenant moins innovants perdent leur avantage concurrentiel. Alors il faut réduire les prix…Pente fatale. Pour Max Blanchet, senior partner de Roland Berger, “ce modèle “fabless” – Alcatel, Thomson qui a vendu ses usines – s’est révélé totalement erroné. Car si on ne produit plus en France, on perd les capacités de recherche, les compétences”. Fermez le ban sur cette “colossale erreur stratégique”. Nous avons atteint un niveau d’obsolescence historique faute d’avoir suffisamment investi dans l’appareil de production. Et nous ne pourrons nous imposer que dans les domaines industriels où le coût de main-d’oeuvre tient pour une faible part dans les coûts de production..."
______L'entreprise  demande une refondation
     Les tourbillons financiers en dissimulent une beaucoup plus profonde : celle de l’entreprise. Née à la fin du XIXe siècle, celle-ci incarnait l’inventivité technique, un collectif de travail, un espace de négociations sociales. Cette logique de progrès s’est brisée dans les années 1980 : le profit des actionnaires est alors devenu la raison d’être de l’entreprise. Cette doctrine a déstabilisé la mission des dirigeants, atrophié les règles de gestion, sacrifié l’intérêt des salariés en cédant le contrôle aux actionnaires
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*Dossiers: -L’urgence industrielle : entretien avec Gabriel Colletis, par Jean Bastien 
"Le besoin d'industrie", recension de L'industrie française décroche-t-elle ? de Pierre-Noël Giraud et Thierry Weil, par Jean Bastien 
"Réindustrialiser. Pourquoi ? Comment ?", recension de La France sans ses usines de Patrick Artus et Marie-Paule Virard, par Jean Bastien (de nos archives)
"La mise en péril d'une base nationale", recension de Renault en danger ! de la CFDT de Renault, par Jean Bastien (de nos archives)
__ La reprise :Grouchy ou Blücher ? 
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lundi 19 février 2018

Question de langue

Français en souffrance
                                       Le Président Macron a déclaré être pour la promotion de la langue française. Bravo!
      Il est temps. Notre langue est malade d'apprentissages devenus déficients, de laxisme galopant, de mimétismes ridicules par rapport au globish dominant, chez le coiffeur du coin comme dans l'entreprise. Sans justification économique.
     C'est la pensée qui est affectée par certaines pratiques laxistes, par exemple dans la confusion trop courante entre l'usage du futur et du conditionnel, dans l'abandon progressif du passé simple, ce qui n'est pas conséquence dans la compréhension et le raisonnement.
  La défense du français est une question de bon sens avant d'être un réflexe de défense culturelle, car la pensée et son expression sont intimement liées. On pense comme on parle.
       Mais la réalité semble bien démentir les propos du Président:
            ...Notre Président nous donne plus l'impression d'être un VRP de l'anglais que d'être un promoteur de la langue française et du plurilinguisme.Bien sûr, il ne s'agit pas pour nous d'être négatifs pour le plaisir de nous torturer l'esprit,mais que penser, tout de même, du "Made for Sharing" du Comité de candidature de Paris-2024 que M. Macron a soutenu, alors que des associations de défense de la langue française l'avaient condamné, ainsi que l'Académie française ? ;  que penser aussi du fait que M. Macron ait laissé la délégation française de candidature de Paris-2024 s'exprimer majoritairement en anglais à Lausanne et à Lima devant les membres du CIO, alors que le français a le statut officiel de première langue de l'Olympisme (art.24 de la Charte olympique) et que chaque membre du CIO disposait, qui plus est, de la traduction simultanée ? ;  que penser du "Make our planet great again" que M. Macron a lancé aux yeux du monde entier ? Est-ce ainsi que l'on fait la publicité du français ? 
         On sait que résister à l'angliche envahissant n'est pas chose facile. La vigilance devrait être constante, comme chez nos amis québécois.
   Que le basic englisch domine dans le domaine des affaires est une donnée historique, peut-être provisoire. Mais l'anglomanie généralisé est d'un ridicule achevé, même dans les couloirs de certains ministères français ou dans les notes internes de service bancaires.
      Dans le contexte d'une francophonie qu'on proclame bien haut, cela n'est pas la meilleure voie à suivre:
    "Les exemples de désertion du combat pour la défense de la langue française sont si nombreux et si quotidiens qu’ils pourraient donner lieu à l’écriture d’une nouvelle version de L’étrange défaite de Marc Bloch. Nous ne sommes pas dans des causes conjoncturelles (comme certains voudraient nous le faire croire) mais dans des raisons structurelles face au tsunami ininterrompu de la langue anglaise. Il n’y a pas plus d’écoles de commerce dans notre pays. Elles ont cédé la place aux « Business Schools ». La compagnie publique Air France ne trouve pas mieux de trouver comme slogan que « Air France. France is in the Air », pensant conquérir des parts de marchés avec ce genre de publicités à deux balles. Le monde des affaires et du commerce est gangréné par le globish alors que les mots français existent et sont parfois plus élégants à entendre et à comprendre. La diplomatie française a capitulé depuis belles lurettes, ayant désormais honte de parler français dans les réunions internationales, laissant le soin de le faire à leurs collègues africains déboussolés par cette défaite en rase campagne. À l’Union européenne, le Français est en train de se transformer en langue vernaculaire. Pourquoi ne pas profiter du « Brexit » pour réclamer que les deux langues officielles de l’Union soient le Français et l’Allemand ? Pourquoi ne pas refuser les candidatures au poste de commissaire européen de tous ceux qui n’auraient pas un niveau suffisant de Français et s’engageraient à l’utiliser ? Que fait Michel Barnier, le piètre négociateur européen lorsqu’il se rend à Londres pour prolonger ses discussions sur le « Brexit » ? Il ahane ses fiches d’entretien (« speaking notes ») préparées par ses collaborateurs dans un mauvais anglais. A-t-il honte de parler sa langue maternelle ? Honteux pour pareil triste sire qui se revendique de l’héritage gaulliste !"
           L' idée pour le français de E.Macron souffre de quelques défaillances.
  Elle devrait être défendue tous azimuts dans tous les domaines "...dans les organisations internationales, notamment à Bruxelles et à Genève et appliquer sérieusement le vademecum adopté il y a 10 ans – Cela signifie promouvoir partout où on le peut et avec persévérance le plurilinguisme, en évitant d’être dans un rapport de forces bilatéral face à l’anglais- ce qui appelle des stratégies d’alliance contre les tenants du tout-anglais avec la Chine, le Brésil, l’Espagne, les Latino-américains, les Russes, etc...Remettre aussi de l’ordre chez nous dans les priorités de l’Education nationale, en prenant conscience que, pour que l’on parle davantage le français, nous devons connaître et pratiquer la langue des autres , et pas seulement l’anglais. Quelle erreur de songer à supprimer les classes bilingues alors qu’il faut au contraire les multiplier ! Enfin, et ce n’est pas le moins important, devrait être poursuivie une politique dynamique valorisant le métier de traducteur et d’interprète et visant à en favoriser 
     On a oublié que l'anglais et le français sont historiquement et linguistiquement plus proches qu'on ne le croit, que l'anglais est une langue française, qu'il fut un temps où la langue française envahissait l'anglais. On en retrouve bien des traces.
    On pourrait dire que l'anglais (ou plutôt certains de ses usages), moqués par beaucoup d'anglo-saxons, a tué le sein qui l'a nourrit. (*)
    Notre langue sous influence demande un retour à une pratique légitimement fière et décomplexée, sans cocoricos absurdes.
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     (*) - Un article du New-York Times soulignait  "ce phénomène d’anglomanie qui semble se généraliser dans toute la France et dont les illustrations ne laissent pas d’étonner. La langue de tous les jours en est affectée ; dans les commerces, les médias, les publicités, en politique, on emprunte directement à l’anglais pour faire moderne, tendance, à la page, pour se distinguer de la « plèbe » restée franchouillarde, pour marquer son appartenance à un monde unifié, globalisé, interconnecté, électrostatique, sans frontières. Les emprunts à l’anglais sont de plus en plus délibérés, choisis à la manière d’une signature, d’un logo, d’une image de marketique qu’on lance à la volée pour épater le Gaulois ; plus l’emprunt est fracassant, grossier, tonitruant, meilleure est la réclame. Ainsi à la télévision française organise-t-on des « Talk », comme si la langue française était sans ressource pour nommer une émission de variété. Même le monde de la littérature se place sous le patronage de l’anglo-américain. Ainsi, s’inspirant du Courrier International, pourtant fondé comme une entreprise d’ouverture à la diversité linguistique, un magazine de recensions de livres a pris le nom de Books , façon désinvolte d’annexer une publication française au modèle anglo-saxon de revue littéraire (comme le New York Review of Books). Sur la scène parisienne, se faire jouer les trésors de la littérature française en anglais semble être du plus grand chic : ainsi le renommé théâtre du Châtelet a-t-il mis à l’affiche du 28 mai au 4 juillet 2010 une production anglaise de la comédie musicale Les Misérables d’Alain Boublil et de Claude-Michel Schönberg originalement conçue en français d’après le célèbre roman de Victor Hugo. (Quand verra-t-on sur les scènes londoniennes une comédie musicale Hamlet ou King Lear en français ?)
        Dans les grandes entreprises françaises, l’anglais a supplanté le français dans les rouages névralgiques ; mêmes les entreprises à vocation strictement nationale voient arriver à leur tête des armées de jeunes managers formés à l’anglo-saxonne, pressés d’appliquer les recettes apprises en anglais à la lecture de manuels américains. Les universitaires français se convertissent aussi frénétiquement à l’anglais. Le prestige des publications dans les grandes revues et maisons d’éditions françaises a faibli ; les embauches dans les universités, les promotions, les honneurs se jouent de plus en plus sur la capacité à publier en anglais dans les forums mondialement cotés, à s’insérer dans les réseaux de recherche « européens » où tout se décline en anglais. Les grandes écoles et les universités françaises, au nom d’une autonomie fraîchement accrue, multiplient les programmes et les formations bilingues ou donnés strictement en anglais, dans l’espoir de toucher une part du marché lucratif des étudiants étrangers qui rêvent de vivre « a french experience » sans dépaysement linguistique. Il n’est pas rare que des professeurs français se vantent de donner leur cours en anglais, sans protestation des bacheliers français, au grand dam des étudiants…. étrangers que la France séduit encore par la langue et la culturex. Même le vocabulaire de la politique française se ressent de cette anglomanie. Le secrétaire du Parti socialiste, Martine Aubry, a proposé en avril 2010 de renouveler les politiques sociales françaises en s’inspirant du « care » britannique v. La diplomatie française s’est mise aussi à l’english, en publiant, sous l’impulsion de Bernard Kouchner, ses cahiers (Mondes) en version bilingue. On applaudit même en France à « l’impérialisme cool de l’anglais », ainsi que l’a fait le thuriféraire de la culture américaine Frédéric Martel, dans un texte publié dans Le Point du 28 juillet 2010, « Français, pour exister, parlez English  », où il clame sans ambages sa conviction que le français est incapable d’être autre chose qu’une langue de Gaulois rétifs à la modernité, sans dimension internationale ni même européenne.
  Si le français fut l’une des langues fondatrices de la construction européenne, il se recroqueville aujourd’hui dans l’arrière-cour de l’Union européenne, détrôné par un « euroglish » triomphant. ..
."

__Même Alain Touraine se croit obligé d’utiliser l’anglais pour faire une communication à Montréal , dans le cadre d’une réunion sur la francophonie !
   Nos politiques pourraient montrer l'exemple, ainsi que Bruxelles, qui en rajoute.... 
   Stop à l'anglomania
_

______________________La fuite en avant vers le tout-anglais correspond à des rapports de forces politiques clairement explicités:
 A  l'heure ou le libre-échange euro-américain veut se mettre en place, il faut se remettre en mémoire quelques affirmations non dépourvues d'ambiguïtés:
-"L'Anglais est la langue du vainqueur", disait le général Jean Béca
-« L’anglais est l’avenir de la francophonie », osait B.Kouchner
-Dans son rapport de 1987/88, le directeur du British Council écrit «  Le véritable or noir de la Grande-Bretagne n’est pas le pétrole de la Mer du Nord mais la langue anglaise . Le défi que nous affrontons est de l’exploiter à fond.  »
  Il y va de l’intérêt économique et politique des États-Unis de veiller à ce que, si le Monde adopte une langue commune, ce soit l’anglais et que, s’il s’oriente vers des normes communes en matière de communication, de sécurité et de qualité, ces normes soient américaines et que, si ses différentes parties sont reliées par la télévision, la radio et la musique, les programmes soient américains ; et que, si s’élaborent des valeurs communes, ce soient des valeurs dans lesquelles les américains se reconnaissent...Les Américains ne doivent pas nier le fait que, de toutes les nations dans l’histoire du monde, c’est la leur qui est la plus juste, la plus tolérante, la plus désireuse de se remettre en question et de s’améliorer en permanence, et le meilleur modèle pour l’avenir ...affirmait David Rothkopf dans Praise of Cultural Imperialism, 1997)

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 Français, pour exister, parlez English ! 
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dimanche 18 février 2018

Vu de Sirius

__ Comment faire rire un Québécois.            Quoique...
         La neige en hiver...Sans doute la faute à Macron

__ Enfin.  Berlin veut cesser de faire la leçon. Vraiment?
                           Quant à remettre en question l' ordolibéralisme....

__ La Poste: pas gentille avec ses sous-traitants.

__ Justice : privilégier enfin les peines alternatives.

__ Francophonie: d'abord mettre de l'ordre chez nous.

__ Qui élabore la plupart des procédures d'évaluation des risques des pesticides?

__ Point d'histoire: Quand l'Allemagne tentait de convaincre les musulmans de faire le djihad 

__ Le Costa Rica bat son record en énergie renouvelable.

__ Vivre à Baltimore,..


__ Mais qui est Verdier-Molinié?

__ Connaissez-vous l'effet Dunning-Kruger?
           Un phénomène bien (trop) connu. « L'ignorant affirme, le savant doute, le sage réfléchit. » (Descartes)

__ La Nouvelle-Zélande: éprouvette du capitalisme total?
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samedi 17 février 2018

Gai, gai, marions-nous

   Nature et institution.      
                                  Si la reproduction humaine est, depuis l'origine de l'homme, un phénomène naturel, le mariage est, sous des formes diverses, une institution sociale, avec ses périodes de stabilité et de mutations lentes ou rapides.
     L'institution est depuis longtemps ritualisée, souvent sous des formes religieuses.
  Une institution sociale qui connaît aujourd'hui des mutations profondes, dues à l'effritement de la soumission féminine traditionnelle et à la transformation générale des moeurs et des croyances.
   Les récents débats souvent irrationnels sur ce qu'on appelé le mal nommé mariage pour tous sont des indicateurs des transformations que subit l'institution, pour l'essentiel immuable depuis le 13° siècle dans son aspect religieux.
    On voit ce que le mariage (ou l'union civile) est en train de devenir, sans pouvoir anticiper ce qu'il deviendra, avec l'évolution du droit, à la faveur du recul du religieux....La famille traditionnelle mérite-t-elle d'être autant sacralisée?
     "...Depuis le Ier siècle après Jésus-Christ, le modèle familial, c'est celui de l'Eglise, c'est la Sainte Famille. Mais, examinons la Sainte Famille. Dans la Sainte Famille, le père n'est pas le père : Joseph n'est pas le père de Jésus, le fils n'est pas le fils : Jésus est le fils de Dieu, pas de Joseph. Joseph, lui, n'a jamais fait l'amour avec sa femme. Quant à la mère, elle est bien la mère mais elle est vierge. La Sainte Famille, c'est ce que Lévis-Strauss appellerait la structure élémentaire de la parenté. Une structure qui rompt complètement avec la généalogie antique, basée jusque-là sur la filiation : la filiation naturelle, la reconnaissance de paternité et l'adoption. Dans la Sainte Famille, on fait l'impasse tout à la fois sur la filiation naturelle et sur la reconnaissance pour ne garder que l'adoption. L'Eglise, donc, depuis l'Evangile selon saint Luc, pose comme modèle de la famille une structure élémentaire fondée sur l'adoption : il ne s'agit plus d'enfanter mais de se choisir...", comme le remarque M.Serres.

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   La famille est toujours entre nature et culture et le mariage l'institution la plus ancienne.
               ....Il n'a pas été établi pour consacrer l'amour de deux êtres, car on n'a pas besoin d'une reconnaissance sociale pour s'aimer et vivre ensemble, mais pour assurer une protection juridique aux enfants appelés à naître de cette union et garantir leur droit à hériter.
Contrairement à une idée fréquemment entendue à l'occasion des débats sur le « mariage pour tous », le mariage n'est donc pas un « droit » qu'il s'agirait d'étendre à un maximum de personnes, mais un « contrat », autrement dit un ensemble d'obligations réciproques destinées à assurer une coexistence harmonieuse des personnes du foyer familial, vivantes ou à naître.
  Il a connu depuis le commencement de l'Histoire des évolutions contrastées, en lien direct avec le statut social de la femme...
  Les Égyptiens de l’époque pharaonique s’en sont tenus à une vision simple de l’humanité : des hommes et des femmes faits pour vivre ensemble sur un pied d’égalité.
   Cette harmonie apparente disparaît au Moyen-Orient et aussi en Grèce, dans le millénaire qui précède notre ère. Là, on voit surgir une conception très inégalitaire des sexes et un mariage réduit à un contrat entre l'époux et le père de la mariée.
Les époux se glissent dans le lit nuptial (miniature du XIIe siècle)
  Il faut attendre l’Empire romain, au début de notre ère, pour assister au retour d'une relative égalité des sexes. Elle s'accompagne d'une conception très moderne du mariage, lequel ne requiert même pas l’accord parental.
  Le terme romain employé à son propos est conjugium, dont nous avons fait conjoint et conjugal. Il signifie que les époux portent ensemble (cum) le même joug (jugium) et se traduit par une belle formule qu'échangent les époux au moment du mariage : « Ubi tu Gaius, ego Gaia » (Où tu es toi Gaius, je suis moi Gaia).
  À la fin de l'Antiquité, l'Église médiévale demeure en Occident la seule institution stable et respectée. Concernant le mariage, elle s'inscrit dans la tradition romaine et promeut l'égalité de l'homme et de la femme dans le couple. Elle met en avant aussi le devoir de solidarité et d'affection.
  Les clercs usent de leur autorité spirituelle pour imposer aux guerriers féodaux et aux souverains le respect de la monogamie, l'interdit de la répudiation et l'interdit de la consanguinité.
  En 1215, le grand concile œcuménique de Latran IV hisse le mariage au rang de sacrement religieux. Il devient indissoluble.
  L’adultère lui-même n’est pas un motif de dissolution et peut tout au plus justifier une séparation de corps car ce qui prime au regard de l'Église est l'intérêt des enfants et la cohésion familiale. Toutefois, dans les familles dirigeantes, le mariage peut être assez facilement annulé sous le prétexte de consanguinité.
  Plus important encore, l’Église médiévale impose le libre consentement des époux au mariage, devant un prêtre. Autrement dit, les parents n’ont pas leur mot à dire. Cette disposition favorise les mariages d’inclination et concourt à l’émancipation juridique des femmes. Mais elle ne fait pas l’affaire des grandes familles de la haute aristocratie et de la bourgeoisie... À la fin de la Renaissance, ces dernières ont raison du mariage chrétien.
  En France comme dans la plupart des grands pays européens, les souverains réintroduisent l’obligation du consentement parental, au moins dans les grandes familles. Cette mesure entraîne la disparition des mariages d’amour dans les classes supérieures et va de pair avec une singulière régression du statut juridique de la femme, laquelle redevient comme dans l’Antiquité une mineure soumise d’abord à son père puis à son mari.
   Par ailleurs, les protestants légalisent le divorce en avançant le fait qu'il existait déjà dans l'Ancien Testament. Cette ouverture a l’effet paradoxal de rendre les sociétés concernées beaucoup plus exigeantes à l’égard du mariage. Celui-ci se doit d’être sans tache et, pour échapper aux tentations coupables, les époux s’astreignent à l’austérité dans les vêtements et les mœurs, ainsi qu’à une extrême pudibonderie.
   Le XVIIIe siècle ou Siècle des Lumières est aussi le siècle du clair-obscur, mêlant le pire et le meilleur, avec des comportements divergents face au mariage, selon que l'on appartient aux classes supérieures ou aux classes populaires.
   Les premières réduisent le mariage à une alliance contractuelle entre familles, avec mise en commun de titres et de fortunes. Les secondes, moins sensibles à ces aspects, montrent davantage de liberté en matière de mœurs et restent attachées au mariage d’inclination. Ces divergences se retrouvent au siècle suivant avec la concurrence entre mariage arrangé et mariage d'amour, entre pudibonderie et liberté sexuelle, entre soumission de la femme et émancipation.
    La fin de l'Ancien Régime et la Révolution voient les femmes s'émanciper, en France comme en Angleterre et dans le reste de l'Europe occidentale. Par ailleurs, les révolutionnaires ouvrent le droit au divorce... et il s'ensuit des excès, beaucoup de femmes se trouvant abandonnées sans ressources. 
  Cette parenthèse révolutionnaire se referme bien vite avec l’accession de la bourgeoisie aux commandes au début du XIXe siècle. L’Église perd définitivement son monopole sur l’institution matrimoniale mais il faut attendre en France 1884 pour que le divorce soit à nouveau légalisé, avec cette fois un droit à pension pour les femmes.
   Après la Seconde Guerre mondiale, les États occidentaux lèvent les contraintes qui pèsent sur le mariage, rendent sa dissolution plus aisée et assurent une parfaite égalité juridique des sexes. Mais ces acquis se retrouvent plus que jamais menacés en ce début du XXIe siècle avec, sous l'effet de l'immigration, la confrontation à des pratiques archaïques : mariages arrangés, mariages forcés d’adolescentes, polygynie, voile et claustration des femmes.... (Merci à Hérodote.net)
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vendredi 16 février 2018

En Absurdoland

Massacres en série.
                               Des armes et des larmes.
   La démesure et la répétitivité dans l'horreur.
La colère, l'émotion et la prière, comme d'habitude....
     Et après? Rien ne change.
  Le sacro saint deuxième amendement est au dessus de toute contestation, révision et légitime tous les débordements, régulièrement constatés.
   Trump se contente de dire qu'il faut renforcer la sécurité.
      Les lobbies des armes répètent à l'envi que ce n'est pas l'arme qui tue.
 Les vélléités de réforme d' Obama sont déjà oubliées.
   Et dans la rue, comme récemment à Las Vegas, dans les  lycées, à Parkland ou ailleurs, et même dans les églises, on permet à des déséquilibrés de tirer, avec des armes de plus en plus meurtrières, qu'on peut de procurer si facilement aux USA, le pays hors-compétition pour la détention d'armes de tous calibres.
  Dans les établissements scolaires,  c'est le18ème massacre depuis début janvier: "C’est la 18ème fusillade dans un établissement scolaire américain depuis début janvier et la 291ème survenue au cours de ces cinq dernières années. Pour le sénateur démocrate Chris Murphy, desespéré, "cela n’arrive nulle part ailleurs qu’aux États-Unis."
   Une carte qui donne une idée de ces fusillades meurtrières aux États-Unis, des mass shootings à répétition.
  En 2017, seulement135 jours sans fusillade de masse.
   Le Texas détient des records, mais pas seulement.
  Tragique banalité! Ce pays est devenu fou et aveugle, comme le disent certains responsables démocrates, sans toutefois pointer les responsabilités. Il faut dire que la NRA soutient les parlementaires les plus fidèles.
  La question des armes aux USA est plus qu'une question de tradition historique fossilisée, elle est le symptôme d'un mal profond, culturel autant que psychologique.
  Quand le fusil d'assaut trône au salon, même sous clé, quand on familiarise très tôt l'enfant avec les jouets des grands, il ne faut pas s'étonner...
  L'Australie et le Canada (un peu moins) on su régler le problème de l'usage de la surabondance des armes.
       Aux USA, c'est: ne touche pas à mon arme! (élément de mon identité) et l'éternel slogan, qui convient bien à la très riche NRA: « Guns don’t kill people, people kill people. »
  Le pays se sortira-t-il un jour du piège dans lequel il s'est enfermé, de la banalisation de la violence en général?. L'ennemi intime risque de continuer encore longtemps ses ravages.
   Et de nouveau ce sera cry and pray...
              Comme le dit un internaute qui pointe des valeurs sous-jacentes à une certaine culture de mort, propre à son histoire: 
Le fait que cet événement se soit passé encore une fois de plus aux States, n’est pas étonnant. Il est à la croisée de plusieurs paramètres, qui ne peuvent que le réamorcer. 
Toutes les larmes de crocodiles versées, médiatiquement, par les responsables politiques et les habitants, ne veulent dire qu’une seule chose : Nous préférons l’émotion à la réflexion. Dans ce sens, nous ne voulons pas changer.Nous assumons donc le prochain passage à l’acte.
Les enfants sont les victimes expiatoires de notre manque de courage,Nous préférons garder nos panoplies de cow boys, et nos postures infantiles.Ce pays a une particularité. Il s’est construit sur l’expropriation des terres, sur le meurtre et sur le crime. Il s’est construit sur un mensonge : Un pays vide, pour des gens sans terres.L’ouest, la frontière, c’était le modèle, le pays où l’on pouvait tout se permettre, où l’on pouvait prendre sa revanche. Le fait est que les pionniers, dans leur grande majorité, étaient des exclus de l’ancien monde, pour ne pas dire des repris de justice, avides de prendre leur revanche, et de le montrer ensuite. Il existe sans doute à l’état inconscient une culpabilité, une peur que l’histoire ne soit pas finie. Un retour de ce qu’on a volé. Ce n’est pas pour rien qu’ils sont là tous à hurler sur la bible, comme dans un exercice conjuratoire. Le fusil, la bible, voilà les deux composantes de l’identité. N’essayez pas trop de leur prendre. Autant tenter de piquer une de leur drapeau,accroché au toit de leur maison
" (sic)

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« Honte à vous » : une élève dénonce les liens de Trump avec le lobby des armes
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jeudi 15 février 2018

Retour en Absurdistan

Afghanistan: le bourbier continue.
                                              C'était prévisible.
                                                           L'impasse s'approfondit en se modifiant, les civils étant les premières victimes.
      Après les échecs de Alexandre le Grand, la volonté de conquête de l'Empire britannique, les revers soviétiques, les USA sont engagés dans une guerre interminable, dont on ne voit pas l' issue, la guerre la plus longue menée par les États-Unis : seize ans, environ 6 000 jours, soit plus que la guerre du Vietnam.
    Une guerre critiquée dès son engagement, qui, comme celle d' Irak, est la conséquence des errements bushiens et des néo-concervateurs de l'après 11 septembre, qui ont alimenté ce qu'ils prétendaient vouloir combattre.
   Le cimetière des empires ne fera pas exception.
Après avoir instrumentalisé différents fondamentalismes djiadistes contre la présence soviétique, les vents contraires sont venus, plus par le biais du Pakistan d'ailleurs, ou du moins de ses zônes frontalières d'où vint le phénomène taliban.
  Et le chaos s'installa, avec quelques périodes de répit, ainsi que la corruption d'un pouvoir exerçant sur quelques zônes limitées. Les attentats redoublent, le désordre s'approfondit, sur fond de corruption et de trafics de drogue.
    Le désir de cibler Al Qaïda plutôt que de travailler à la stabilisation de l’Afghanistan a amené à la collaboration avec des chefs de guerre n’ayant que faire des droits de l’Homme, de leurs ennemis mais aussi des populations civiles. Par la suite, selon Human Rights Watch, les États-Unis ont toujours préféré les gains politiques et sécuritaires sur le court terme, plutôt que de prendre au sérieux la défense des droits des Afghans.
      Une guerre folle qui rend fou.
  Le cycle de la violence ne semble pas prêt d'être brisé dans ce pays réputé incontrôlable où se réfugient les fondamentalismes refoulés ailleurs.
  On connaît mieux maintenant, après les révélations de  Zbigniew Brzezinski, les conditions dans lesquelles commencèrent, d'abord clandestinement, les premiers engagements US; l'engrenage ne s'arrêta plus pour l'arroseur arrosé depuis une vingtaine d'années.
  Trump du mardi revient sur ses propos du lundi: nous resterons en Afghanistan, qu'à vrai dire les troupes US n'ont jamais définitivement quitté depuis l'annonce de fin 2014 et leur présence sera renforcée.
   Après l'engagement de Bush et l'obstination d'Obama, au bout de 16 ans, un engagement de mille milliards de dollars, 2 400 morts, 20 000 blessés.
    Le résultat est nul. Le projet bushien de désordre créateur a montré ses effets. Qui dira combien d'Afghans, seulement civils, furent tués au cours des opérations?
    Mais une bonne affaire pour le complexe militaro-industriel, qu'Eisenhower dénonçait très tôt comme un péril interne, et pour des intérêts qui jouent en sourdine leur partition.
   On comprend qu'un vive opposition s'exprime même en haut lieu à Washington. 
    A vrai dire c'est l'engagement initial lui-même qui fut une folie et qui s'annonçait comme un bourbier sans fin. Là où l'empire britannique s'était cassé les dents, là où l'Union Soviétique a sans doute reçu le coup de grâce.
    Ne parlons pas des conséquences, qui se sont étendues et élargies: le soutien et l'aide substancielle fournis à une guérilla djihadistes depuis le Pakistan voisin, qui allait trouver là l'occasion de s'affirmer et d'essaimer, la montée en force de groupes talibans, qui reviennent une nouvelle fois des confins du Pakistan pour contrôler une partie non négligeable du pays.
      Le bourbier initial pourrait bien devenir un sanctuaire pour terroristes
  Trump d'avant-hier affirmait pourtant: Quittons l'Afghanistan », écrivait-il sur Twitter en janvier 2013. « Nos troupes se font tuer par des Afghans que nous entraînons et nous gaspillons des milliards là-bas. Absurde ! Il faut reconstruire les USA.
      Les enjeux géopolitiques, à l'heure où on dit vouloiur contrôler la Chine et son sulfureux voisin ont pris le pas sur la raison La guerre d'Afghanistan est ingagnable et les troupes trumpiennes aboutiront aux résultats vus avant et ailleurs: la montée d'une opposition plus forte favorisée par la chute du régime corrompu mis en place par l'oncle Sam.
   Une nouvelle impasse se dessine, avec des conséquences incalculables, comme toujours.
      Un nouveau bourbier, pourtant anticipé par certains stratèges du Pentagone, se prépare.
        Mais qu'allaient-ils faire dans cette galère?
                                      Savoir arrêter une guerre: une leçon déjà oubliée....
       On n'a pas fin, hélas! de parler de l' Afghanistan.
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