Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

mercredi 23 mai 2018

Hommage à Philip Roth

Un certain regard sur son pays et sur l'homme en général.
                                          Un écrivain engagé, une réflexion souvent acide sur l'identité américaine.      
   Dans le sillage de Henri James et souvent inspiré par Kafka.
         Il nous quitte à 85 ans.
  D'un réalisme parfois sarcastique, il s'attache à décrire les maux de l'Amérique.
      Il n'hésite pas à mettre son pays d'adoption de par son grand père face à ses tourments, ses obsessions, face à ses démons, comme dans La Tache.
         A son histoire aussi, mêlant souvent le réel et l'imaginaire:
   ...Partant du mouvement de la contre-culture des années 1960 en lutte contre la guerre du Viêtnam (Pastorale américaine), il revient sur la guerre froide et la croisade anticommuniste des années 1950 (J'ai épousé un communiste), passe par le politiquement correct des années 1970-1980 (La tache), et se "projette" dans d'hypothétiques années 1940 (Le complot contre l'Amérique), où le fascisme et l'antisémitisme gagnent les Etats-Unis. En contrepoint d'une sévère critique de la société américaine, Philip Roth tisse une fine analyse des mécanismes de l'homme pris au piège de l'imprévisible. Confrontés à de grands bouleversements, des destins se brisent soudain sous l'effondrement des illusions, des secrets, des certitudes sur lesquels reposaient des vies idéales, prototypes du rêve américain....
    A travers son propre parcours, il se met aussi à repenser de manière universelle l'humaine condition.
  Nulle doute que, s'il ne s'était pas décidé à s'arrêter d'écrire, il aurait évoqué    l'actuel locataire de la Maison Blanche,  fossoyeur du multilatéralisme et de la paix, sur la folie des armes qui ne se tarit pas, sur le capitalisme toxique qui creuse comme jamais les inégalités, sur les pièges du rêve américain à bout de souffle.
    Serait-il allé, comme cet humoriste aigre-doux, juif lui aussi (mais en cavale) à défendre la "prophétie" selon laquelle un beau matin, l'Amérique se réveillera cul nu? ...
   Qui aime bien châtie bien.
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mardi 22 mai 2018

Thaumaturgie

Le roy te touche, Dieu te guerys.
                                               Voici revenu le temps du merveilleux.
     Celui où une aura de mystère sacré entourait la personne royale.
  Au contact de l'Oint du Seigneur, bien des miracles pouvaient se produire
 C'était l' époque bénie des rois guérisseurs. 
   Le charisme royal attirait les foules.
  Revenons-nous en ces temps sacrés?
        Certains signes semblent le confirmer.
 Si l'on en croit le fervent porte-parole du Palais, Bruno Roger-Petit, un ère nouvelle s'annonce.
' Commentant la visite d'Emmanuel (dont le sens est: Dieu avec nous) à la basilique de Saint-Denis, où se trouvent les sépultures des rois de France, il déclara sans sourciller:
 "Cette visite était nimbée des forces de l'esprit. Il y a, chez Macron, l'idée de transmission. Il place sa présidence dans la continuité des gouvernants qui l'ont précédé. Il se sent dépositaire de l'histoire... Pour lui, le toucher est fondamental, c'est un deuxième langage. C'est un toucher performatif : 'Le roi te touche, Dieu te guérit.' Il y a là une forme de transcendance."
    Admirables propos d'un courtisan sincère, annonciateur d'une monarchie qui monte, parlement à son service, qui ne sera bientôt plus qu'un organe de consultation ou d'enregistrement.
  Le nouveau conseiller de la cour, le vicomte Philippe de Villiers, nouveau conseiller officieux du Prince, saura lui souffler les bons principes éclairés. Bon sang ne saurait mentir.
     La verticalité est revenue dans la doulce France. L'ethos de droite est confirmé.
  La figure du roi est de retour en nos temps troublés. Les nostalgies princières y trouveront leur compte avec le chambellan S.Bern, qui a séduit la reine.
   Des temps nouveaux sont arrivés. La Restauration est à nos portes. L'intronisation au Louvre ne fut pas l'oeuvre du hasard. La place de la Bastille fut écartée. La macronie fut instituée.
     A Reims, bientôt, le sacre. A suivre sur Gala.
            Hosannah au plus haut des cieux!
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lundi 21 mai 2018

Retour sur Gaza

Prison à ciel ouvert et bombe à retardement.
                                           Un an après la meurtrière opération sur Gaza, on savait que le terrible chapitre ne serait pas clos, tant que les problèmes sur l'étroite bande de terre ne connaîtraient pas un début de solution.
    Or, la situation s'est aggravée et les manifestations, de moins en moins contrôlées par le Hamas, n'ont pas manqué.
      Comprendre la situation à Gaza est essentiel pour mieux saisir les récents événements, le nouvel embrasement. Les protestations internationales et onusiennes sont restées de pure forme ou incantatoires, postulant une symétrie dans les rapports de force. Faire preuve de retenue, voilà le mantra encore souvent adressé à l'égard de Netanyahou, sans poser la question fondamentale du droit et des injonctions de l'ONU.
   Sans le retour à une histoire récente, sans analyse de la dépendance économique de Gaza par rapport à Israël, l'essentiel du problème nous échappe.
   Les questions de fond restent en suspens, propres à relancer sous de nouvelles formes les révoltes locales. L'aggravation semble la seule perspective, tant que la peur sera le ressort essentiel de la politique de Netanyahou  et tant que l'alliance américaine du moment durera.
   La critique de la politique israëlienne du moment reste toujours aussi difficile et le régime actuel de Tel Aviv joue avec les confusions verbales, la culpabilité et la répression interne, interdisant toute critique, même modérée, comme celle de l'ancien ministre S.Ben-Ami, s'inquiétant des dérives ethnocentriques de sa société:
     "....Ce gouvernement actuel israélien – le gouvernement le plus à droite, et anti-paix de mémoire d’homme – est déterminé à diaboliser et à délégitimer ses détracteurs nationaux, en particulier les militants des droits de l’homme et les groupes de la société civile. En faisant fi de la liberté de parole et d’expression ! Pourquoi ? Parce que la critique juive de l’État juif a toujours été plus difficile à rejeter ou à ignorer. Que ce soit Albert Einstein et Hannah Arendt dans les années 1940… ou Natalie Portman récemment ce mois-ci. L’actrice israélo-américaine a provoqué un tollé en Israël après avoir refusé d’assister à une cérémonie de remise de prix à Tel Aviv parce qu’elle a dit qu’elle ne voulait pas apparaître comme approuvant Benjamin Netanyahou » et s’est opposée au « mauvais traitement de ceux qui souffrent des atrocités actuelles » en Israël. Et quelle a été la réponse du gouvernement israélien ? Le ministre Yuval Steinitz a affirmé que le boycott de Portman « frôlait l’antisémitisme ».
Quiconque s’élève contre le comportement répressif du gouvernement israélien, tant à l’intérieur qu’au-delà de la ligne verte, doit être réduit au silence. C’est maintenant la mentalité autoritaire et ultranationaliste qui domine non seulement à l’intérieur du cabinet Netanyahou, mais aussi à la Knesset. Plus tôt cette année, les législateurs israéliens ont donné leur feu vert à un amendement permettant au ministère de l’éducation d’interdire aux associations critiques à l’égard de l’Armée de défense d’Israël d’entrer dans les écoles. Les membres de la Knesset ont explicitement désigné Breaking the Silence lors du débat sur l’amendement."
    Pendant que Washington fait le jeu des plus conservateurs comme Liberman, l'Europe  joue un double-jeu.
    Le déni de l’occupation s'approfondit, éloignant les perspectives de règlement pacifique d'une situation qu'on laisse cyniquement pourrir.
       "....Le journaliste israélien Gideon Levy, du Haaretz, qui s’est spécialisé dans la couverture de la vie des Palestiniens, commentait ce mépris lors d’une conférence à Washington en février dernier: «Si vous grattez la peau de presque n’importe quel Israélien, vous trouverez que les Palestiniens ne sont pas des êtres humains comme nous. Ils n’aiment pas leurs enfants comme nous. Ils n’aiment pas la vie comme nous. Ils sont nés pour tuer, ils sont cruels, sadiques, sans valeurs, sans manières. C’est très très enraciné dans la société israélienne.»
   Dans ces conditions, évidemment, toute répression menée par l’Etat d’Israël contre les Palestiniens s’en trouve justifiée. D’autant que l’occupation des territoires palestiniens (et le siège imposé à Gaza) paraît comme effacée de la mémoire, elle ne compte plus. «On a conditionné la société pour qu’elle l’accepte, disait le 20 avril au Monde Efraïm Halevy, ancien chef du Mossad. Même s’il existe une forte minorité qui rejette l’occupation et surveille sa réalité, la population est globalement dans le déni. Avec le sentiment qu’il faut se concentrer sur l’essentiel: la nucléarisation au Moyen-Orient, le risque d’une attaque sans précédent venue du nord (Syrie et Liban), la possibilité que le système de défense ne soit pas étanche…»
  En avril 2017, chez lui près de Jérusalem, Alon Liel, diplomate israélien de haut vol à la retraite, nous donnait une explication peu différente, pour s’en désoler: «Le pays est fort, vit en sécurité depuis 1948, il est même devenu très fort et riche, avec une économie sophistiquée. L’équipe gagne 5-0, pourquoi en changer? Même des gens comme moi peuvent se dire qu’ils bénéficient de la situation, que tout va bien pour eux. Sauf que je me sens terriblement mal et je crains qu’un jour on doive payer tout cela très cher. Mais moins de 5% des Israéliens pensent comme moi… Pourquoi? Une partie de la réponse est ce qui se passe dans la région. Tout s’effondre, sauf nous!»
     Cette société peut-elle évoluer? Gideon Levy n’y croit pas. «Je suis très sceptique à propos d’un changement de l’intérieur d’Israël car la vie y est trop agréable et le système de lavage des cerveaux bien trop efficace. Tenir un dialogue aujourd’hui avec la plupart des Israéliens est devenu une tâche impossible même pour moi. (…) Espérer que cette société se lève et dise Assez , comment cela peut-il arriver, et pour quelle raison?» (Article publié dans la rubrique «Analyse» dans le quotidien Le Soir,en date du 16 mai 2018)"
    Les Gazaouis sont abandonnés et déshumanisés et Benjamin Netanyahu se sent plus libre dans ses ambitions territoriales et son durcissement à Gaza. Les condamnations de l’occupation israélienne  n'ont plus de portée, malgré les timides et minoritaires mises en garde internes. La dualité du projet sioniste  arrive à une impasse prévisible.
       Tant que la misère sociale sera le régime normal de la majorité des Gazaouis, la situation a toute chance de déboucher sur d'autres affrontements. La situation actuellement géopolitiquement favorable à Netanyahou ne durera pas.
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- Point de vue de Norman Finkelstein
La Nakba palestinienne, un enjeu politique et une bataille mémorielle
- L'inacceptable massacre
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dimanche 20 mai 2018

Matière à penser

__ Paradis fiscaux: ça continue

__  Un petit "génie" à Lille?

__ Le chiisme irakien: une unité de façade.

__ Jeunes Américains en situation d'anxiété.

__ L'ambiguë figure de Jeanne d'Arc 
             l'ombre de la Pucelle, à Orléans,
                          Retour aux vieux mythes historiques fédérateurs.

__ L’arrêt Cahuzac et le problème de la délinquance en col blanc.

__ USA: disparition de la classe moyenne?

__ Entre les États-Unis et l'Iran, rien ne s'arrange 
            Mais entre Pékin et Téhéran c'est différent. Pour l'instant

__ La campagne de John Bolton pour la guerre avec l’Iran,

__  La dynastie wahhabite et le bradage de la Palestine, 
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samedi 19 mai 2018

Nanos à gogo

Elles sont partout
                              Les nanoparticules. Même dans notre assiette.
     Ce n'est pas la première fois que, dans leur utilisation alimentaire surtout, elles sont devenues objet de critiques de la part de plus en plus de spécialistes.
   300 produits viennent d'être signalés comme pouvant être un danger pour la santé. Les risques sont maintenant mieux connus, même si des recherches restent encore à faire ou à poursuivre.
    Le dioxyde de titane, présent dans l’alimentation, notamment dans un certain  nombre de friandises, a été signalé comme un perturbateur potentiel.
   La toxicité de certains produits ne ferait même plus de doute.
      Certaines firmes commencent à arrêter leur production.
            Une nouvelle révolution technologique est en marche.
   On en perçoit un peu mieux aujourd'hui les enjeux ambigus. 
La question revient régulièrement en devenant de moins en moins théorique, dans la mesure où les nanoparticules sont déjà notre pain quotidien.
   Même si on ne peut encore rien affirmer d'absolument précis et définitivement sûr pour l'instant concernant leur incidence sur les organismes vivants, de forts soupçons se font jour, si on se fie aux  trop rares études sur ce sujet
 "Elles "sont utilisées pour purifier l'eau, comme agent anti-agglomérant et gélifiant, et dans les emballages pour protéger contre les UV, éviter la multiplication des microbes ou détecter une éventuelle contamination". Dans le seul domaine des emballages, cette technologie en plein essor devrait rapporter 20 milliards d'euros d'ici à 2020, selon l'enquête de The Environmental Magazine. Dans l'industrie alimentaire, elle est aussi utilisée pour fournir nutriments et vitamines, ou encore comme conservateur, épaississant, colorant... Le dioxyde de titanium, par exemple, sert de colorant blanc "dans des dentifrices et de nombreux produits transformés, comme les Mentos, les chewing gums Trident et Dentyne, les M&Ms, la crème chantilly glacée de Betty Crocker...(" liste The Environment Magazine...")
___Oui, elles se sont discrètement invitées à notre table, entrant dans nos aliments:
La première question qui se pose est celle de l'infiltration, au fin fond de notre corps, des nanoparticules que l'on mange. Plusieurs études montrent qu'elles peuvent franchir les barrières de protection physiques, interférer sur le système immunitaire, pénétrer dans les vaisseaux sanguins, le système lymphatique et divers organes. Selon l'Afssa, "le foie et la rate seraient des organes cible, mais certaines nanoparticules sont retrouvées dans les reins, les poumons, la mœlle osseuse et le cerveau". En outre, la taille des nanoparticules est déterminante dans leurs pérégrinations à travers notre organisme, comme le montre une étude menée sur des souris et citée par l'OMS et la FAO : "Les plus petites particules [d'or] ont été retrouvées dans les reins, le foie, la rate, les poumons et le cerveau, alors que les plus grandes sont presque entièrement restées dans l'appareil digestif."
__La grande question est celle de l'effet de ces nanoparticules sur notre santé. Question complexe et, jusqu'ici, peu éclaircie.
   Malgré ces incertitudes provisoires, aucun moratoire n'existe et les applications, très rentables, avancent à grande vitesse dans de nombreux domaines.
 Raison de plus pour rester vigilant, malgré (ou à cause de) la difficulté des études approfondies. Bruxelles fait l'autruche.
     L'Association France ouvrière consommateurs (AFOC) s'inquiète...des risques potentiels induits par des produits alimentaires contenant des nanomatériaux, pointant un décalage de plusieurs années entre leur mise en vente et les résultats d'études toxicologiques.L'association reconnaît des "avancées" dans des textes adoptés récemment au niveau français et européen en la matière, qui "vont dans le bon sens". "Mais les résultats des études de toxicologie sur les premiers nanomatériaux interviendront dans plusieurs années. Pendant ce temps, les professionnels auront mis sur le marché de nouveaux nanomatériaux dont les risques ne seront étudiés que beaucoup plus tard, ce qui est contraire à la règle de prévention des risques: 'pas de données, pas de marché'", déplore l'AFOC. 
     Finalement, quels bénéfices pour quels risques?
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vendredi 18 mai 2018

Veinards du CAC 40

Une manne infinie?
                                Les richesses produites par les grandes firmes du fameux CAC 40 donnent parfois le vertige.
   Le problème qui est posé n'est pas celui de leur ampleur, toujours le plus souvent bienvenue, mais de leur répartition.
     En fait, au lieu d'une répartition selon la règle des trois tiers, telle que rappelée par Sarkozy (un tiers pour les actionnaires, un tiers pour les salariés, un tiers pour l'investissement), la réalité est toute autre, surtout en France.
  Ce sont les actionnaires, les gros, qui se taillent la part du  lion. Et pas qu'un peu. Surtout en France.
    On le savait depuis quelques années, mais la tendance s'accentue. Dans l'économie à dominante financière dans laquelle nous sommes, des rapports récents convergent pour dénoncer ce déséquilibre grandissant dans la répartition.des richesses produites, aux dépends de l'investissement d'avenir et des producteurs, sans lesquels    aucune richesse ne verrait le jour.
     Un économie de rente s'installe et de super-profits pour les managers. ..Actionnaires, qui ne sont pas ou peu des particuliers. ... Près de la moitié de ces dividendes partent vers l'étranger. 55% seulement restent en effet en France, tandis que 20% prennent la direction de la zone euro et 16% celle des Etats-Unis. En France, les particuliers ne détiennent finalement que 9% de CAC40 et leur part a été divisée par quatre en trente ans. Ce sont des sociétés d'investissement ou des fonds de pension qui possèdent la quasi-totalité des entreprises cotées
  Ce sont les actionnaires qui font la loi, impulsant ainsi des tendances plus spéculatives que productives. Le rendement à court terme est privilégié par rapport à l'investissement à long terme, ce qui est un facteur de risques et de crises. ...En 2016, les entreprises du CAC 40 ont distribué plus de 66% de leurs bénéfices aux actionnaires, contre 30% dans les années 2000. Une exception française, car en Europe continentale les entreprises du CAC 40 sont de loin celles qui versent le plus d'argent à leurs actionnaires. On est loin de la règle des trois tiers prônés par Nicolas Sarkozy. "Ça fait bien longtemps que je pense que la règle des trois tiers est une bonne règle. Sur 100 de bénéfices, il devrait y en avoir 33 qui reviennent aux salariés, 33 qui vont directement dans la poche de l'actionnaire et 33 qui servent à être réinvestis dans l'entreprise. Parce qu'une entreprise doit investir pour continuer à être compétitive", déclarait-il le 5 février 2009...déclaration de bon sens, mais qui a fait long feu.
      La France est championne du monde des dividendes reversés aux actionnaires:...Les richesses n'ont jamais été aussi mal partagées depuis la crise au sein des grands groupes, qui choisissent délibérément une course aux résultats de court terme pour conforter les actionnaires et les grands patrons au détriment des salariés et de l'investissement", a dénoncé Manon Aubry, porte-parole d'Oxfam France, citée dans le communiqué.
   Par exemple, ...le sidérurgiste ArcelorMittal, l'énergéticien Engie et le leader mondial de la gestion de l'eau Veolia sont, dans l'ordre, ceux ayant les taux les plus élevés de redistribution des bénéfices en dividendes aux actionnaires, soulignent les deux ONG.
  Les organisations Oxfam et Basic, notamment, dans le sillage de nombre d'économistes dénonçant les dérives financières d'un capitalisme ....appellent le gouvernement "à reprendre la main sur cette économie déboussolée avec des mesures de régulation ambitieuses", "en préservant la capacité d'investissement et en interdisant que la part des bénéfices reversée aux actionnaires dépasse celle qui est reversée aux salariés".
      Ce partage déséquilibré des bénéfices n'est pas seulement un facteur de risques dans une économie mondialisée mais constitue aussi une menace pour le développement.
    Cette machine à dividendes… et à inégalités, cette tendance aux « profits sans partage » contribue à anesthésier le risque entrepreneurial et à créer et favoriser les conditions d'une précarisation des emplois.
      L'actionnariat a changé de nature comme la gestion des entreprises, avec toutes les conséquences visibles ou invisibles, notamment les nouvelles formes de management brutal et la souffrance au travail.
         Les rémunérations explosent jusqu'à la folie pour les dirigeants des grands groupes, dans une lutte sans merci au coeur de la concurrence internationale. Les inégalités se creusent dans une spirale sans fin.
         Les actionnaires ne connaissent pas la crise. Leur rémunération explose. 56 milliards d'euros en 2014 en France, uniquement pour les entreprises du CAC40, ce qui en fait un des pays qui distribuent le plus de dividendes. Plus de mille milliards de dollars dans le monde. C'est historique. Mais pour atteindre de tels montants, les grandes entreprises françaises ont recourt à des stratégies et des méthodes difficilement avouables. Plans sociaux, licenciements, pressions sur les salariés au point de les pousser à bout… Certaines de nos grandes entreprises sont prêtes à tout pour dégager toujours plus de cash au profit de leurs actionnaires. Ce sont parfois ces mêmes entreprises qui bénéficient d'aides publiques massives...
      La crise de 2008 a mis en lumière l’hégémonie de la pensée financière dans le management des entreprises. Cette hégémonie se manifeste par l’importance de la valeur actionnariale dans les discours des dirigeants et par la multiplication des indicateurs de performance financière (marge opérationnelle, rentabilité des investissements, rentabilité des capitaux propres).
       Une majorité de travaux explique cette « colonisation » de la financiarisation par des mécanismes macroéconomiques (comme la désintermédiation bancaire) et par l’évolution des structures actionnariales des grandes entreprises au profit d’investisseurs institutionnels. Les fonds d’investissement imposent, par exemple, des objectifs de rentabilité plus élevés et l’augmentation de la part des dividendes versée aux actionnaires...
        Cet aspect du capitalisme devenu capitalisme toxique depuis les années reaganiennes n'est pas une bonne nouvelle pour les actionnaires eux-mêmes.
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jeudi 17 mai 2018

Gestion des aînés

Comment la France (mal)traite ses vieux
                                                             La fin de vie, on s'en doute, n'est pas toujours ce que chante le poète: une période valorisée pour son détachement, son expérience, sa sagesse tranquille, son simple bonheur d'exister au milieu des siens, détaché des soucis du monde et des passions. Cette situation rêvée par les plus jeunes est en fait très minoritaire.
   
Quand le corps se déglingue, que la mémoire défaille, que les maux physiques s'accumulent ou s'enchaînent, le troisième âge (on ne sait quoi inventer comme euphémismes pour nommer cette période variable mais terminale) est souvent une période de souffrances répétées. Mais surtout, aujourd'hui, dans nos sociétés éclatées et individualistes, même si l'on vit plus longtemps et avec plus de moyens, la solitude est trop souvent le lot de beaucoup de personnes vieillissantes. Et c'est ce qui  est le plus pesant, le plus douloureux.
    Il y avait les maisons de retraites, de triste réputation bien souvent, lieux de relégation, de promiscuité et de soins aléatoires. Les tristes mouroirs ont été justement vilipendés. Les vieux sont devenus des résidents.
        Les EHPAD furent un progrès, c'est certain. Les départements mirent la main à la poche et les investissements privés y virent une manne pour exploiter le filon grandissant de l'or gris.
 Des bâtiments souvent modernes sortirent de terre, avec leur moyens fonctionnels et un personnel dédié. On semblait passer à une autre ère, où la société suppléait aux défaillances diverses des familles, reconnaissant enfin la place que prenait ceux qui avaient participé à la richesse nationale sous tous ses aspects.
   Mais les divers mouvements récents montrent qu'il y a un malaise, au coeur même de l'institution, où la solitude des patients n'a pas disparu, loin de là.
           Une question de moyens? Pas seulement.
                                 C'est tout un mode de gestion qui est mis en cause, lié à de nouvelles normes que l'on retrouve dans d'autres institutions publiques, pas seulement de santé, liées au new public managemnt. Une méthode se voulant "moderne", rationnelle économiquement, mais finalement technocratique et déshumanisante.
    "La France est (en effet) engagée dans un vaste mouvement de « modernisation » des soins aux personnes âgées dépendantes, qui s’aligne sur les standards d’un nouveau management public en vigueur dans un nombre croissant de pays. Les besoins des résidents sont désormais évalués selon une grille baptisée Autonomie gérontologique et groupes iso-ressources (Aggir). Cet outil vise à mieux ajuster les ressources des Ehpad aux besoins, mais il est également source de standardisation et de déshumanisation des soins. Un constat qui fait écho à l'avis sévère du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) sur les Ehpad et « les enjeux éthiques du vieillissement », rendu public le 16 mai...."
Des tâches minutées
    On retombe dans de nouvelles formes de mal-traitance, par lesquelles les soins sont donnés trop rapidement, les relations humaines sont négligées faute de temps et de personnels bien formés,  Une standardisation poussée qui en vient à déterminer le temps à passer auprès de chaque résident en fonction de son "degré d'autonomie". Certes , un classement est nécessaire, mais, poussé jusqu'à ce point, on imagine bien les effets négatifs pour tout le monde. Géré, code-barré, le résident est devenu le centre d'un système qui ne voit pas ses carences.
     Ce tournant gestionnaire, qui convient aux responsables auxquels on exige des économies, ces soins sous tension sont inévitablement sources de souffrances, dite ou non, pour toutes les parties.
   Les anciens n'ont pas seulement besoin de soins, mais de temps, surtout quand la famille, pour des raisons diverses, se fait rare ou absente.
    De nouvelles formes de maltraitance apparaissent, malgré les dénégations, variables d'un établissement à l'autre, malgré les dévouements.
         Soigner, c'est bien. Et les soins (care) vont bien au-delà de l'aspect physique. Humaniser aussi, c'est mieux.
   Bien gérer est nécessaire, mais manager, parfois jusqu'à l'absurde, est désastreux. Ici, comme à l'hôpital.
       Réparer les corps n'est souvent plus possible, mais revoir un système l'est toujours.
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mercredi 16 mai 2018

Pauvre cochon!

Eloge d'un ami de longue date
                                           Depuis ses lointaines origines, Sus scrofa domesticus  a fait du chemin en s'alliant à l'homme.
     Depuis la nuit des temps, ce digne quadrupède domestiqué a accompagné l'homme dans sa déjà longue  histoire, le servant fidèlement, lui offrant le meilleur de lui-même à des fins culinaires.
   Et ça continue. Qui ne s'est jamais régalé avec un filet mignon bien préparé?
      Notre ami de toujours n'est pas regardant. Il s'offre tout entier. Tout est bon en lui. Des oreilles au pieds. Il n'est pas qu'un animal finalement sacrifié. On savait lui rendre hommage, jadis. On lui faisait la fête parfois. Mais pas seulement à l'ultime moment de sa vie bien remplie...
     Quel animal est plus généreux, si proche de nous, même dans sa constitution, son anatomie?
 Notre ami porcin a parfois sauvé l'humanité de la famine ou de la sous-nutrition.
       Non, le cochon n'est pas un porc.
           Il faut réparer une injustice. Il a sa dignité, son intelligence, Et l'on peut dire au porc: salut! Salut, fidèle compagnon en humanité!
  Le malheur est que les hommes ont souvent utilisé ses représentations (imaginaires) pour en faire un symbole d'infamie. De malpropreté, d'intempérance, de gloutonnerie, de débordements libidineux, d'excès en tous genres. 
    S'il savait! qu'il soit européen ou asiatique, corse ou berrichon...
           On a balancé son image dans la fange, en comparant parfois l'homme à ses supposés débordements.
   Surtout depuis peu. De manière éhontée.
         Non, il faut le répéter: le cochon n'est pas un gros porc!!
   C'est comme si le chien était cynique, le lion cruel, la grue légère en moeurs, etc...
         L'anthropomorphisme continue à faire des ravages.
   Ce n'est pas nouveau. Le discours porcin n'a pas été inventé aujourd'hui, mais il prend depuis l'affaire Weinstein une tournure inadmissible et grotesque pour notre ami d'élevage.
  Pendant les deux dernières guerres on disait cochon de boches en parlant de l'occupant prédateur. Mon grand-père avait même appelé ses deux compagnons aux grandes oreilles, Hitler et GöringPasse encore, vu les circonstances et l'exaspération. Mais aujourd'hui, c'est du délire. Les porcs sont partout!
    Celui qui connaît vraiment la vie de cochon devrait y réfléchir.
 Pauvres cochons, décidément.!
    Les braves cochons de chez nous n'en reviendraient pas, qui ne se doutent pas de ce que peut être parfois la porcherie humaine, eux qui ont encore dans certaines fermes une vie à peu près humaine, pas trop cochonne, sauf en certains lieux et dans certaines conditions où l'on a américanisé, taylorisé la production.(On ne dit plus élevage). Ce n'est pas humain.
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mardi 15 mai 2018

Syrie (suite)

                                                    [S'il y a une suite, depuis trop d'années déjà , quand y aura-t-il une fin?]
         Les semaines de tous les dangers?
                                       Certains croient pouvoir l'affirmer. D'autres sont plus circonspects, n'y voyant qu'une simple mais sérieuse poussée de fièvre diplomatico-militaire, avec compositions, recompositions d'alliances et d'intérêts, à l'occasion d'un conflit qui s'éternise et qui cristallise des enjeux et de plus en plus internationaux. Machiavel y aurait sans doute perdu son latin dans ce jeu de billard à multiples bandes, pour départager les tensions provisoires et les enjeux profonds.
   Les dérapages graves ne sont pas à exclure.
       Le tragique guêpier syrien est devenu un panier à crabes, qui échappe à ses protagonistes d'origine et qui déborde ses enjeux initiaux. Concevoir un arbitre neutre au coeur de ce guêpier relève pour l'instant de l'illusion. L'Onu est sans voix et sans moyens, l'Europe se tait et est divisée. Les solutions militaires ne sont que des impasses et constituent des risques supplémentaires.
       Au coeur de ce qui est le martyre d'un peuple, on ne voit plus de bonnes solutions. C'est devenu une prime aux extrémismes. La raison a quitté la région. 
   Des bruits de bottes se font entendre jusqu'aux confins. Mais on sait que dans une guerre, on sait comment ça commence, mais jamais comment ça se termine.
    A Damas, malgré les démentis, les troupes du régime piétinent face à Daech.
 Face à l’emballement entre États-Unis et Russie, on ne voit pas quel élément modérateur pourrait servir de frein, pourrait avoir une quelconque efficacité. Sinon la dissuasion, la peur nucléaire.
  Le jeu de l'Iran amène les monarchies du Golfe face à une nouvelle donne stratégique.
  De paradoxales alliances se nouent, comme, après celle de Moscou et Ankara et celle, plus inattendue entre Tel-Aviv et Riyad, l'adversaire d'hier. 
     Donald Trump, en gendarme économique du monde, impose la loi du plus fort, pourfend l' accord nucléaire conclut avec Téhéran, pour mettre à genoux non seulement tout le pays, mais pour nuire à ses partenaires commerciaux, et se laisse conseiller par des faucons comme John Bolton. 
      Du coup, le plateau du Golan redevient au centre d'un conflit qui rebondit, Benjamin Netanyahu se sentant plus libre dans ses ambitions territoriales et son durcissement à Gaza. Les condamnations de l’occupation israélienne  n'ont plus de portée, malgré les timides et minoritaires mises en garde internes. La dualité du projet sioniste  arrive à une impasse prévisible.
           Le noeud gordien, avec ses dimensions maintenant internationales, pourra-t-il être tranché? On voit mal pour l'instant comment.
    La question reste posée en ce moment peut-être décisif: sommes nous face à une escalade fatale ou assiste-t-on à un théâtre d'ombres ?
     Que celui qui a une réponse certaine lève le doigt.
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lundi 14 mai 2018

SNCF: encore...

                                                     Et en cours...
Parlons de la dette, sur la sellette.
                         
Embrouillage et enfumage

Sur ce sujet, on entretient beaucoup de confusions. 
      Comme si les cheminots étaient, par leur statut, jugés  responsables de quoi que ce soit dans ce domaine. Même si certaines réformes s'imposent dans certains secteurs et l'organisation. 
          Un peu d'histoire s'impose, notamment depuis la formation de la Société nationale, les réparations d'après-guerre, les étapes de la modernisation normale et ininterrompue et surtout le choix et le tournant de l'option trop ambitieuse et imprudente du tout TGV et de l'option libérale maastrichtienne.

                     Un problème mal posé, mais aussi un faux problème, selon Alain Bonnafous, dans le Figaro, qui explique qu'il y a dette et dette et met en évidence les entourloupes de l'Etat pour se défausser de ses responsabilités. C'est surtout au niveau de SNCF-réseau que le problème se pose:
    ...Théoriquement, les emprunts levés après 1997 sont amortissables car ils sont soumis à l'article 4 du décret de mise en place de RFF: celui-ci interdit des emprunts pour investissement qui compromettraient le compte de résultat dans la durée ; à charge pour la puissance publique de subventionner des investissements décidés mais insuffisamment rentables. Même si RFF, dans ses débuts, n'a été que progressivement armé pour maîtriser cette contrainte, on peut prétendre qu'elle a été convenablement respectée et que les emprunts afférents sont bien gagés sur des recettes de péage. Y compris pour les «emprunts TGV» contrairement à ce qu'il est de bon ton d'affirmer.
Un audit comptable et financier peut aisément proposer une partition entre la «dette article 4» et le passif non amortissable qui doit représenter une grosse moitié de la dette de SNCF Réseau.
     Une vidéo rapide peut faire comprendre divers aspects d'un problème mis en exergue, qui évite aussi de s'interroger sur d'autres dettes, présentes ou à venir. Combien coûtera le démantèlement futur prévisible des centrales nucléaires et leur renouvellement probable, qui n'est pas provisionné, par exemple? Combien coûtera au final le passif d'Areva, les chantier interminables de Flamanville et de Finlande.  . Que fait-on pour juguler les 60 milliards de manque à gagner par an pour l'Etat français, qui fuient notamment dans les paradis fiscaux? Qu' a fait la région Ile de France pour mettre à niveau un réseau vieillissant, et insuffisant?
    Selon le Point, un rapport tout à fait officiel met en évidence la responsabilité, les insuffisances  et les "imprudences" de l'Etat dans cette affaire, surtout depuis une huitaine d'années:
               .....L'origine de la dette de SNCF remonte avant même sa création, lorsque dès la fin du XIXe siècle, les compagnies de transport ferroviaire privées recoururent massivement à l'emprunt pour financer le développement de l'infrastructure. Le fragile équilibre des compagnies, déjà mis à mal par l'expansion contrainte du réseau vers des territoires très peu fréquentés, sera également bouleversé lors de l'éclatement des Première et Seconde Guerres mondiales. Cette tendance se poursuivra après la création de SNCF en 1937 », rappelle le cabinet de conseil Sia partners, dans un rapport de janvier 2017. Soixante ans plus tard, en 1997, la dette totale de la SNCF atteint donc déjà quelque 30 milliards d'euros. Mais pour respecter les critères d'entrée dans l'euro, l'État français refuse de prendre sa part du fardeau, contrairement à l'État allemand. En 1994, la dette de la Deutsche Bahn est effacée en échange de l'ouverture du ferroviaire à la concurrence…
     On peut même dire qu' une bonne partie de la dette a contribué à enrichir les marchés financiers,
      ...La dette de 46,6 milliards d’euros qui plombe actuellement le système ferroviaire est celle de SNCF réseau, mise sous le tapis il y a vingt ans [2]« RFF puis SNCF réseau se retrouvent à porter, seules, des investissements qui doivent normalement revenir à l’État, poursuit Jean-René Delépine. C’est pourtant lui qui prend les décisions d’aménagements ! ...
                         Le client l'usager a bien des raisons de se plaindre parfois. Mais  on ne nous dit pas tout...
       Un débat sur un projet caché de privatisation refait surface.
                  Mais on (dé)ment.... 
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Rappel: *Non, le train ne sera jamais rentable et ne l'a jamais été. 
              *Oui l'Etat devra être toujours contributeur. En Angleterre, il continue à le faire, comme en Allemagne
              *Oui, le sabotage du système semble bien en vue. La région Nord prend les devants. Cela coûtera cher, forcément cher.
              *Oui, l'ouverture à la concurrence est une aberration et certains espèrent se régaler, comme ici.
         *Au Royaume-Uni, la privatisation des chemins de fer déraille, après un démantèlement et un rachat partiel: " le prix moyen des billets de train augmente deux fois plus vite que l'inflation. Résultat, les Britanniques déboursent chaque mois six fois plus que les Français simplement pour se rendre sur leur lieu de travail. 14% de leur revenu mensuel, très exactement, contre 2% pour les usagers de l'Hexagone."  Macron va-t-il répéter les mêmes erreurs que les Britanniques ? 
        * La dette, fluctuante, a existé depuis les origines.
        * En Allemagne, l'Etat a participé au rachat de la dette.

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