Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

mardi 15 juillet 2014

L'école et le numérique

 Demain, tous programmeurs!
                                                    A vos tableaux tablettes!
L'école doit être moderne, disent-ils...
       On entend ce discours depuis les années 80 , où l'on a commencé à ouvrir l' école sur la vie, c'est à dire à tous les vents. Où elle s'est convertie à l'entreprise, jusqu'à en mimer l'esprit, où la culture de papa devait être délaissée au profit des technologies modernes, où les lettres devaient céder le pas à l'utilitaire, faire la place à la sacro-sainte communication...
    Aujourd'hui s'ouvre l'ère du colonialisme numérique: la culture est au bout de la tablette. Foin des fondamentaux, des apprentissages de base! Place à la magie du numérique, qui sauvera le monde...et l'économie.
    La maîtrise du langage écrit n'est plus assurée, jusque dans les facs et les écoles d'ingénieurs, l'orthographe de base est devenue une vieille lune, la lecture est en chute libre.
        Et en voudrait prendre encore du temps sur le français qui a rétréci comme peau de chagrin, l'histoire, etc... pour enseigner le code informatique à l'école! 
     C'est un académicien qui le dit!     "  L'écolier français fera-t-il bientôt des lignes de code à côté de ses lignes d'écriture ? Dans un monde où l'ordinateur prolonge nos cerveaux, la capacité à programmer et plus largement à maîtriser ce qui se passe derrière l'écran est en train de créer une nouvelle élite. A eux les emplois de demain, certes, mais aussi l'usage plus intelligent des appareils courants. « L'informatique façonne le monde moderne. Il faut casser la frontière entre ceux qui sont capables de créer, et ceux qui resteront des consommateurs d'écrans », résume l'académicien et professeur au Collège de France, Gérard Berry...
Mais  "Est-ce à l'école d'enseigner ces langages que l'ordinateur sait interpréter ? « Oui », répondent 87 % des parents interrogés par BVA pour Syntec Numérique dans une consultation rendue publique mercredi 21 mai. Le 14, un rapport d'information sur le « développement de l'économie numérique », signé par les députées Corinne Erhel (PS) et Laure de La Raudière (UMP), insistait déjà sur la nécessité d'« éveiller les élèves dès l'école primaire » et de créer « un enseignement dans le secondaire ».   A cette convergence de plus en plus large s'opposent les tenants de l'idée que l'école ferait bien d'enseigner à lire et compter à tous ses élèves avant de se fixer d'autres missions… Fût-ce l'apprentissage de ce qui va devenir, selon certains, la langue universelle de demain..."
         Donc, dès septembre, dès le primaire (pourquoi pas la maternelle?), avec des formateurs non formés, on fonce vers le nouvel eldorado de la connaissance, la nouvelle langue de Leibniz... en plus de l'anglais...et diverses matières dites d'ouverture...
     Le ministre a de l'ambition, il envisage aussi "un grand programme en faveur de la filière industrielle française du numérique éducatif". D'ici 2020, "70% des élèves du primaire et de collège et 100% des enseignants" seront équipés "en PC-tablettes dotés de ressources pédagogiques numériques"
   Avec la fin des notes sanctions, qui consacre l'effondrement de l'orthographe (normal, on ne fait plus que trois ou quatre dictées par an...), voici le début du numérique valorisant, qui abolira le traumatisme des mauvaises notes...

     Le colonialisme numérique est en route, nouvelle illusion scolaire.
Vive la logique binaire et la pédagogie de la tablette! 
 ____________ Ce coup de gueule lancé, qui ne relève pas d'un combat d'arrière-garde mené par un papi nostalgique du porte-plume, de l'encrier et du tableau noir, qui passe beaucoup (trop?) de temps devant son écran, l'école doit, bien sûr, dans une mesure raisonnée, intégrer les outils de son temps. Le numérique fait partie de notre horizon et il y a sur ce sujet bien des apprentissages à mener.
    Puisque son usage commence de plus en plus tôt et de manière totalement anarchique, que peu de parents jouent dans ce domaine leur rôle de modérateurs et de pédagogues, il reviendrait d'abord à l'école d'apprendre le discernement dans l'usage culturel de l'outil informatique.
   Apprendre à mener collectivement une recherche en privilégiant la réflexion critique à l'égard des sources où l'on se noie le plus souvent. Développer un sens aiguisé de l'exigence sélective pour mettre de l'ordre dans le désordre immense des données numériques, en évitant les habituelles dérives du copier-coller, hantise des prof de facs, etc...Il y a là-dessus beaucoup à faire, même si certains le font déjà.
      Mais peut-on mener ce difficile et exigeant programme sans bases culturelles solides, sans (osons le mot!) une instruction digne de ce nom? L'esprit ne peut s'enrichir que sur des fondements déjà assurés.
       Avant un plan informatique démesurément ambitieux, un plan pour sauver l'école de ses maux accumulés est la première des urgences....
  Mais la rue de Grenelle, annexe de Bercy, est-elle encore capable d'entendre ce langage-là?
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-Un point de vue par B.Stiegler 
-Le net et ses pièges.
-Comment arriver au web3 critique?. 
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-Relayé par Agoravox
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