Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

lundi 9 juillet 2012

Que pense Dieu de tout ça?

 Michel Onfray s'en va-t-en guerre ♪♫♪
___________________________________Ou tempête dans un verre d'eau?

___Que pense Le divin Spectateur de la vie agitée des hommes, des combats médiatiques parfois douteux de notre chevalier de la philosophie du PAF, toujours en première ligne?
 Penseur hors-norme, souvent contesté et très (trop?) médiatique, Onfray aime les sujets sensibles, souvent  tabous, et parfois un tantinet provocateurs, contrairement à Kant qui pensaient des révolutions plus radicales dans la discrétion de son cabinet. Il faut dire qu'il se réclame d'un illustre prédécesseur qui ne fit pas dans la demi-mesure en matière d'audace de la pensée, renversant les idoles de son temps...
 Son succès mérité à l'Université populaire de Caen ne se dément pas, mais comme essayiste un peu pressé et polémiste pas toujours cohérent ni suffisamment informé, il pose parfois problème. Notamment, quand il revisite Freud, qu'il n'a pas lu ni attentivement ni complétement. Le grand pourfendeur de mythes se réclamant de Nietzsche n'a pas toujours le marteau adapté.
Depuis son Traité d'athéologie, il a pris l'Etre divin, ou plutôt sa construction humaine, comme cible privilégiée. Rien que ça! Mais il n'est pas le premier. Epicure avait déjà posé quelques jalons.
____________________Avec sa dernière livraison dans la presse concernant une récente étude de Soler, il a provoqué une tempête et une cacophonie philosophico-religieuse et une réaction en chaîne d'interventions souvent passionnées, révélatrices de crispations sur le fait religieux, qu'on aurait pu estimer dépassées en nos temps dits éclairés...La question divine n'est-elle pas supposée ne plus faire problème? C'était sans compter sur des clercs trop sérieux, les défenseurs ardents du temple  et les bigots de tous poils
Non, les guerres de religion ne sont pas terminées.
Heureusement, elles prennent aujourd'hui dans notre pays, des allures moins sanglantes qu'autrefois. Seule l'encre coule...
Mais une encre acide, corrosive, même dans le champ clos du débat d'idées, d'un certain monde philosophique.
Il n'est pire terrain miné que la chose religieuse, éventuellement aussi la chose politique, deux domaines qu'il n'est pas conseillé d'aborder même en famille entre la poire et le fromage, pour ne pas compromettre la paix des ménages.
_______Ce n'est même pas le Sieur Dieu qui est mis en question, mais la manière dont les hommes, trop humains, l'ont considéré, pensé, décrit, à travers le prisme de leur imagination, entretenue par l'ignorance et leurs écrits jugés sacrés.
Toute culture religieuse se réfère à une origine où s'enracine  une tradition jugée vénérable, lorsque tout est supposé avoir  commencé un jour : la révélation et l'écriture, qui fixent des paroles immuables, un corpus de croyances et de règles auxquelles on peut, on doit se référer en  donnant sens à la vie, aux institutions, aux rites. Textes jugés longtemps immuables, sans possibilité de modification ou d'interprétation personnelle,comme dans le catholicisme naguère, certains courants salafistes aujourd'hui et même des courants évangélistes...
D'où l'intérêt de l'exégèse critique, faisant abstraction de la prétendue sacralité des textes dits inspirés, pour en sonder la valeur historique et la fiabilité du contenu.Cette exégèse des textes bibliques ont  fait l'objet d'âpres débats.
Spinoza, exclu de la Synagogue, en sut quelque chose, qui  tenta d'éclairer les textes bibliques à la lumière du contexte historique et des données culturelles d'une époque et d'un peuple.
___________________________Soler ne subit pas les mêmes foudres, mais, malgré le sérieux de ses recherches, est aussi l'objet d'attaques des défenseurs les plus étroits  du Livre, surtout de côté de rabbins fossilisés.
__________Tout a commencé avec un article dans Le Point, faisant part d'un éloge d' Onfray à Soler, éloge mérité, malgré des passages inadaptés et inutilement provocateurs, comme s'il s'agissait surtout de polémique, alors qu'il n'est d'abord question  de mise au point historique.
La démythologisation a fait de grands pas avec Richard Simon, l'exégèse protestante du début du 20°s.Bultman représente un moment important, remettant en question la divinité de Jésus. Dans le monde catholique, Loisy et d'autres ont fait aussi une démarche critique, tombant sous les foudres de Rome.
__La pensée juive orthodoxe, voire ultra-orthodoxe, fondamentaliste, dont on retrouve maintes formes dans diverses religions, n'accepte aucune mise en perspective historique objective, critique des sources , comme le font les historiens-anchéologues Finkelstein et Silberman , pas plus qu'une version de son histoire complexe, comme le propose Shlomo Sand.
La question des conditions de naissance de l'idée d'un dieu unique chez les Hébreux (question pas plus taboue que celle des conditions de l' introduction du christianisme dans l'empire romain à partir de Constantin) est encore considérée par les gardiens du Livre comme subversive, prisonniers qu'ils sont d'un héritage slérosé, figé dans le mythe. Comme tout peuple, le peuple juif a oscillé entre mythe et histoire . ..
Moïse fut-il vraiment ce que les Ecritures disent qu'il fut?
L'écrit d'Onfray a fait immédiatement l'objet d'une polémique: un rabbin fait le bilan de ses  bourdes (bibliques), non sans procès d'intention.
D'autres philosophes, par des arguments plutôt ad hominem, laissant de côté le fond de la question, tombent à bras raccourcis sur notre Normand et son symptôme...
DS Schiffer prend la défense de notre philosophe, comme d'autres par ailleurs.
  Didier Long pointe les prétendues inexactitudes et les dérapages contenues dans les approches de Soler et de Onfray. Sur un point, il est vrai que Onfray n'évite pas parfois certains anachonismes et certains parallèles inappropriés (notamment entre judaïsme et nazisme) et le rapport mécanique qu'il établit entre monothéismes et totalitarismes n'entraîne pas l'adhésion Il y aurait là beaucoup à dire. Si le monothéisme tend par nature à l'exclusivisme et au prosélitisme parfois violent, il est d'une autre nature qu'un phénomène politique contemporain. Comparaison n'est pas (toujours) raison.
_____Sans entrer dans le fond du débat, on peut regretter que cette joute surtout médiatique, ce théâtre qui ne joue pas la bonne pièce, n'aide pas le grand public à mieux comprendre de quoi finalement il retourne.
La réponse finale de Onfray remet les choses d'aplomb: il y est question de la liberté de l'esprit face aux dogmes stérilisant la pensée et engendrant l'intolérance. Problème toujours d'actualité, depuis Erasme...Un travail tout simple, celui de philosophe laïc...
___________ Finalement, qui est Dieu? Ou plutôt qui est l'homme qui s'est construit un tel Référent Absolu?
 On peut trouver chez Nietzsche, chez Spinoza et ailleurs des éléments de réponse...
Dieu, lui, s'abstient de répondre, au-dessus de ces querelles souvent byzantines, parfois assez affligeantes, qu'on peut estimer d'un autre âge.
Et puis, il se rit d'être défendu. Défendu de quoi d'ailleurs?
.Heureusement, Il a de l'humour...
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- Entretien exclusif avec Jean Soler

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