Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

mercredi 23 octobre 2013

Médocs sous contrôle

 On attendait une révolution
                                               Il semble bien qu'on en soit loin.
Surtout en ce qui concerne les pratiques des laboratoires, leur lobbying, leurs produits et l'information qu'ils diffusent, directement et indirectement
 Le mediator a été un tournant, mais la prise de conscience n'a été que très partielle et les mesures insuffisantes.
 Tout le système pousse à la surmédicalisation,  comme dans l'abus dans la prescription des statines, par exemple (question encore débattue
                   Arte a diffusé récemment un document édifiant, montrant "Comment l'industrie pharmaceutique fabrique des malades à grand renfort de marketing avec la complicité des autorités et des médecins. Jusque dans les années 1980, l'industrie pharmaceutique orientait ses efforts vers la guérison des maladies existantes, même si les pathologies affectant les populations pauvres, comme la malaria, étaient négligées parce que peu rentables. Désormais, pour garantir leurs retours sur investissement et recycler leurs médicaments, les firmes inventent des pathologies, si possible chroniques. Une publicité déguisée en information médicale, doublée d'un intense lobbying, se charge de les "vendre" au grand public et aux praticiens. Ce film – auquel l'industrie a refusé de participer – démonte les mécanismes d'une médecine sous l'emprise du marché...Comment augmenter la consommation de médicaments ? En abaissant par exemple la norme du taux de cholestérol afin de promouvoir des molécules, qui, prises sans nécessité, comportent des risques sanitaires. Ou en décelant dans la population féminine une nouvelle forme de dépression cyclique (le "syndrome dysphorique menstruel"), traitée avec une version recyclée du Prozac. Au Japon, la dépression constituait un état rare, mais d'astucieux stratèges ont popularisé le concept de "rhume de l'âme" et fait décoller le marché des antidépresseurs..."
 Inventer des maladies pour vendre des médicaments, il fallait y penser... 
Les labos sont en embuscade
      En psychiatrie, en déshérence, les médicaments sont devenus la panacée. Les psychotropes règnent en maîtres. L'alliance avec les labos y est plus forte qu'ailleurs.
  Nous sommes un des rares pays développés ou la formation des médecins en pharmacologie soit à ce point négligée, et où leur formation post - universitaire soit à ce point exclusivement dépendante de l’industrie pharmaceutique.
                 C'est le savoir médical qui est lui-même sous influence.
   Selon  Mikkel Borch-Jacobsen, "... La recherche et l’information médicales sont complètement sous influence pharmaceutique, à un degré dont très peu de gens ont conscience. Ici en France, le public a été très choqué par l’affaire du Mediator, qui a mis en évidence les liens d’intérêts entre les laboratoires Servier et les experts qui étaient censés évaluer l’efficacité et la sécurité de leurs médicaments. L’affaire a été traitée sur le mode du scandale, c’est-à-dire comme une transgression et une exception à la règle. Or cette affaire est bien sûr scandaleuse – des gens sont morts – mais ce n’est nullement une exception. Bien au contraire. L’affaire du Mediator illustre une corruption de la biomédecine par l’industrie qui est devenue tout à fait courante, pour ne pas dire systémique, à travers le monde entier...
On a sciemment dissimulé ou minimisé les dangers présentés par les antidépresseurs du type Prozac, par les antipsychotiques de seconde génération, les traitements hormonaux de substitution, les antidiabétiques Rezulin et Avandia, le médicament contre reflux gastrique Prépulsid, les antalgiques opiacés comme l’OxyContin, les coupe-faim «Fen-Phen» aux Etats-Unis ou le médicament contre le cholestérol MER/29.
La liste de ces scandales sanitaires est littéralement interminable. À chaque fois, des centaines, des milliers, voire dans certains cas des dizaines de milliers de personnes sont mortes ou présentent de graves séquelles. Or aucun de ces scandales n’aurait pu avoir lieu si les procédures de contrôle scientifiques et régulatoires n’avaient pas été défaillantes. On apprend régulièrement que les experts entretiennent des liens financiers multiples avec les laboratoires produisant les mêmes médicaments qu’ils ont à évaluer. Il en va de même pour les agences et autorités sanitaires. Non seulement elles ne peuvent pas se passer des experts pour effectuer leur travail, mais elles sont elles-mêmes en perpétuelle situation de conflit d’intérêts.
Il faut savoir que la FDA américaine et l’OMS sont financées à 50% par des fonds en provenance de l’industrie, l’agence européenne (EMA) l’est à 70%, l’agence suédoise à 95%, et ainsi de suite. Comment veut-on que ces institutions ne fassent pas preuve de bienveillance à l’égard de ce «partenaire» privilégié qu’est pour elles l’industrie? Cela peut aller très loin. L’épidémiologue et ex-député SPD Wolfgang Wodarg raconte dans notre livre comment l’OMS s’est laissée complètement manipuler par les fabricants de vaccins et d’antiviraux au moment de la fausse alerte de pandémie de grippe H1N1....
 Les Français n’ont pas besoin d’être alertés sur les méfaits de l’industrie pharmaceutique, car ils sont devenus des «e-patients» qui trouvent une information critique sur Internet. Peut-elle vraiment ignorer que cette notion d’«e-patient» vient directement de l’argumentaire des marketeurs de l’industrie? Ils la promeuvent activement depuis plusieurs années (quelques exemples ici, et )? 
Big Pharma ne demande pas mieux que les patients s’informent par eux-mêmes sur Internet, car c’est sur son information qu’ils vont immanquablement tomber. Comme l’explique l’expert en santé publique Antoine Vial dans notre livre, l’information médicale a un prix et celle qu’on trouve sur les sites santé et réseaux sociaux du web n’est gratuite et immédiate que parce que des labos ou des agences de communication ont payé derrière pour placer tel ou tel contenu ou pour obtenir telles ou telles données.
Face à une information gratuite, il faut donc toujours se demander «Qui ?». Qui a payé pour le site de telle association de patients, pour telle campagne de prévention? Qui a lancé le buzz au sujet de telle pathologie, de tel médicament? Qui est derrière tel blog? Loin de constituer un contre-pouvoir à la machine à désinformer de l’industrie pharmaceutique, Internet est en permanence ventriloqué par elle. On ne peut absolument pas faire confiance au Web pour obtenir une information objective et de qualité sur les médicaments. Même l’encyclopédie en ligne Wikipédia est manipulée..."
____________________________

Aucun commentaire: