Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

lundi 5 novembre 2012

L'égoïsme comme horizon.

 Chacun pour soi...

________Tel est l'idéal éthique et politique de Paul Ryan, à l'avant garde de la droite conservatrice américaine décomplexée, partenaire de Romney et peut-être futur vice-président.
________"...Président de la commission du budget à la Chambre, il est un ardent défenseur d'une réduction des dépenses publiques, de coupes dans les programmes sociaux et d'une baisse des impôts de 20% pour tous les revenus, même ceux des plus riches.Il est également l'auteur d'un projet de privatisation de Medicare, le système d'assurance-maladie des seniors. D'ascendance irlandaise, fervent catholique, Paul Ryan est un farouche adversaire de l'avortement. Il s'y est très récemment déclaré favorable dans des cas limités --viol, inceste ou danger pour la mère--, une évolution de sa position précédente qui ne prenait en compte que la vie de la mère. Il est également contre les mariages homosexuels et défend les droits des propriétaires d'armes à feu. Fou de musculation"
Bref, un vrai blanc américain, battant, se déclarant self made man, digne de Reagan et de son idéal de libéralisme intégral", que les républicains appellent l'"intellectuel du Parti", qui s'est nourri à la fac des grands penseurs de la droite : Friedrich Hayek, Milton Friedman... et Ayn Rand, l'auteur culte de "la Grève" ("Atlas Shrugged"), roman dans lequel le héros, John Galt, se lance dans une ode de 64 pages à l'individualisme.
 Rand a profondément marqué plusieurs générations de libéraux, dont Alan Greenspan, l'ex-patron de la Réserve fédérale.  Paul Ryan affirme. "Si je devais créditer une personne pour mon engagement au service du public, ce serait Ayn Rand, expliquait ce dernier, en 2005, avant de minimiser l'influence de l'écrivain athée sur sa pensée. Ne vous trompez pas, le combat que nous menons est une lutte de l'individualisme contre le collectivisme." Ce qu'il appelle le collectivisme, c'est juste le minimum de solidarité et de redistribution nécessaire qu'un Etat doit garantir pour faire société.
Les pauvres et les précaires sont donc les seuls responsables de leur sort et ce que Ryan appelle collectivisme est juste une meilleure répartition de la richesse (quand on sait que  aux USA, les 20 % des ménages les plus pauvres ne disposent que de 3,4 % de l’ensemble des revenus, mais les 5 % les plus aisés en perçoivent 21,2 %. A eux seuls, les 20 % les plus riches perçoivent près de la moitié du revenu national  ). Les fantasmes de la guerre froide servent toujours à quelque chose...
________Ayn Rand, égérie de Ryan, même si elle ne voulait pas se dire exactement libertarienne, n'a eu de cesse de plaider la cause d'un individualisme assumé, critiquant les plans sociaux, ramenant la fonction étatique au minimum (l'état-gendarme) ne devant pas s'ingérer dans le domaine économique, sauf pour inciter les individus à réaliser leurs potentiels. Ce minarchisme
s'inspire de l'économiste libéral Frédéric Bastiat qui disait: « L'État, c'est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde » et de Friedrich Hayek qui dénonce l'empiètement croissant des structures étatiques sur les libertés individuelles qui aboutit à la consécration d'un régime paralysant et inefficace : l'État-providence.
 ____________________Ayn Rand, l’apôtre de l’égoïsme, inspire la droite américain, garde encore une influence certaine.
Son oeuvre "magnifie les entrepreneurs en héros des temps modernes, l'égoïsme est la vertu suprême. La seule éthique, en fait. Car l'altruisme, qui fait de l'homme un être dépendant des autres, « est une notion monstrueuse. C'est la moralité des cannibales se dévorant les uns les autres », proférait Rand. Brillante et vorace prêtresse de la liberté, y compris sur les questions sociales, Ayn Rand a fourni des ­racines morales, anthropologiques, à l'individualisme le plus débridé. Sa « philosophie pour vivre sur la terre » est une légitimation du libéralisme le plus radical, ayant inspiré Alan Greenspan, son très proche acolyte qui, nommé par Ronald Reagan, dirigea la Réserve fédérale pendant seize ans...
 . Elle aurait mené le bras de fer d'aujourd'hui. Selon le républicain Romney, deux mains se déchirent, « la main invisible du marché » contre « la lourde main de l'Etat ». Les deux visions de l'Amérique qui s'affrontent dans cette bataille électorale ont rarement été aussi opposées. Notamment en ce qui concerne la place du gouvernement et celle de l'individu dans le groupe, thèmes chéris d'Ayn Rand. Sacrifier l'individu (créateur) à la société (prédatrice) est, pour elle, un crime contre l'humanité. Quant à l'Etat, il devient le pire ennemi de l'homme s'il ne se voit pas limité. Ce serviteur est là pour fournir trois prestations, et pas une de plus, la police, l'armée et la justice..."
___Cette position, explicable partiellement par les origines de Rand et l'esprit de l'aventure économique américain dès ses débuts, est littéralement intenable à la lettre dans une politique réelle (on voit mal Romney et Ryan abandonner tout programme social, toute sécurité sociale, sous peine de déclencher une  quasi-guerre civile), mais peut marquer un infléchissement encore plus reaganien au bénéfice des plus riches s'estimant encore trop soumis à l'impôt (alors qu'il a constamment baissé ces dernières années, ce qui est une des sources des difficultés actuelles), creusant encore un peu plus les inégalités, dans un pays déjà ravagé par le chômage, la précarité, l'exclusion. .Le struggle for live ne doit pas léser ceux qui s'enrichissent aux dépends des autres. Le rêve américain doit continuer...Tant pis pour les losers, comme l'estiment les adeptes du Tea Party!
On comprend pourquoi Rand, pour qui l'altruisme est "monstrueux" et pour qui les pauvres exploitent les riches, se réfère sans cesse à la raison (celle du froid calcul égoïste) et jamais à la justice ou à la compassion...
Un essayiste français apporte sa bénédiction à cette idéologie que Roosevelt lui-même avait répudiée comme perverse et génératrice de crises.
Cette folle prétention à vouloir s'accomplir en dehors de tous liens, contredisant les données de l'anthropologie la plus basique, contient des germes  destructeurs pour leurs propres zêlateurs.
La solidarité est un combat, seule condition d'une paix sociale acceptable.
L'individualisme véritable, non exclusif, ne peut se réaliser en dehors des liens sociaux qui nous font être ce que nous sommes et qui peuvent nous rendre plus humains.
_____________________Alors, y a-t-il lieu de sauver le soldat Ryan?
________
_[Paru dans Agoravox]_
_________________
- Ces groupes français qui financent l’ultra-droite américaine

Aucun commentaire: