Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

lundi 23 juin 2014

Argentine: démons et vautours

  La dette, encore la dette....
                                          Un cas d'école
                                                                  Mémoire d'un saccage
          Sous la menace d'une nouvelle faillite, l'Argentine revient au premier plan (1)
Mouton argentin
                           Après la chute de la terrible et ruineuse  dictature de Videla, le FMI appliqua au pays un remède de cheval libéral, avec privatisations tous azimuts, désengagement de l'Etat et alignement de la monnaie nationale sur  le dollar.Punition collective au fouet libéral.
       Les dirigeants font appel à des économistes de l’École de Chicago connus pour leur monétarisme pur et dur tandis que l'Argentine applique à la lettre les recettes du Fonds monétaire international (FMI), formalisées dans le « consensus de Washington ». Le cœur du dispositif est de mettre fin à la création monétaire contrôlée par les politiques c'est-à-dire totalement « laxiste ». Ils imposent de redresser les comptes publics et d'éviter les déficits structuraux. Ils prônent la privatisation de nombreux secteurs économiques, d'Aerolineas Argentinas à l'eau, l'électricité ou les retraites. Carlos Saúl Menem (Parti justicialiste), président de 1989 à 1999, affirma : « l'État fédéral ne devra plus s'occuper que de la justice, de l'éducation, de la santé, de la sécurité et des relations internationales. »
Vautour US
         Ce qui devait arriver arriva dans ce pays autrefois prospère, ne manquant pas de ressources.
 " « Tout économiste digne de ce nom aurait pu prédire que les politiques d’austérité allaient provoquer un ralentissement de l’activité et que les objectifs budgétaires ne seraient pas atteints. » disait le prix Nobel Stiglitz, exigeant une réforme de la finance internationale pour résoudre avec équité les problèmes de dettes, critiquant le capitalisme de casino.
         L'austérité,menace pour les démocraties, a conduit le pays au bord de la ruine, après l'appauvrissement et les gaspillages de la dictature et du système Menem.
      Durant cette période, la dette extérieure argentine est multipliée par cinq (passant de 8 à 43 milliards de dollars), alors que la part des salaires dans le PNB (produit national brut) passe de 43 à 22%. La dictature mènera à la crise de la dette puis à l'entrée officielle du FMI aux commandes financières du pays.
     Le FMI n'a fait qu'aggraver le situation, déstabilisant le pays, même si aujourd'hui il prétend tempérer la voracité des fonds vautours. La fermeté a payé à une époque.
        Pourtant;   Après sa gigantesque faillite de 2001 et son défaut de paiement, l'Argentine a réussi à refinancer en 2005 et 2010 environ 93% de sa dette portant sur près de 100 milliards de dollars, au prix d'une décote de près de 70%.
   Mais les fonds spéculatifs NML Capital et Aurelius, qui réclament le remboursement de 1,3 milliard de dollars en capital et intérêts, ont refusé à l'Argentine tout accord.
Le 21 novembre, un juge new-yorkais a ordonné à l'Argentine de verser 1,33 milliard de dollars aux deux fonds spéculatifs en remboursement de sa dette. Buenos Aires a fait appel de cette décision devant un tribunal de New York, et a aussi déposé un recours à la mi-juin devant la Cour suprême des Etats-Unis.
   Dans un communiqué, l'organisation représentant les fonds "vautours", American Task Force Argentina (ATFA) a elle aussi affirmé que le FMI allait "tenter de s'immiscer dans une procédure judiciaire entre l'Argentine et ses créanciers".
     Que le FMI, dont les mauvaises relations avec l'Argentine sont notoires, envisage de soutenir le pays sud-américain dans cette affaire "représente une tentative sans précédent de prise de pouvoir par le Fonds, une tentative de contourner le gouvernement des Etats-Unis dans une affaire judiciaire intérieure", affirme l'ATFA, appelant l'administration américaine à s'opposer à la volonté de Mme Lagarde.
(Le Figaro)

 _________________________ Après ses démons, l'Argentine a maintenant ses vautours, à l'affût des pays les plus endettés.
        Un fond vautour est un organisme financier  privé qui, comme un vautour, vient se nourrir du mourant ou du cadavre du mourant – en l’occurrence un pays avec quelques dizaines de millions de vrais gens derrière la réalité des chiffres. On pourrait aussi appeler ces financiers-là (ceux qui gèrent les fonds vautours) des charognes gérant des fonds charognes… certes moins doux que « fonds vautours » presque poétique !
Donc ces charognards des fonds charognes viennent racheter à très bas prix la dette d’un pays (ou d’une entreprise) lorsque la situation semble totalement désespérée. Évidemment, comme personne ne veut de cette dette parce qu’il s’agit d’une situation avérée ou presque de faillite, cette dette ne vaut rien ou pas grand-chose. Les charognards achètent donc des titres obligataires pour quelques pour cent de leur valeur initiale. Puis ils vont exercer le maximum de recours juridiques, notamment aux États-Unis où la loi est particulièrement sévère sur les obligations des emprunteurs et protectrices des très « gentils » créanciers (au nom du respect de la propriété privée). Naturellement, en France ou en Argentine, on se fiche comme d’une guigne d’une décision de justice américaine, sauf que… si vous n’obéissez pas à une décision de justice US, vous vous retrouvez immanquablement cloué au pilori des marchés financiers dominés de façon écrasante par le monde anglo-saxon et donc américain.
                                                     Vieille affaire que la dette...
          Les analogies avec le cas grec sont assez troublantes. (2)
  Cette affaire illustre spectaculairement les effets du transfert progressif depuis une vingtaine d’années des restructurations souveraines vers les juridictions des places financières d’émission (principalement New York et Londres). Lors de la crise de la dette des années 1980, a contrario, tout le problème avait été mis dans les mains du FMI : les cours de justice ont été entièrement absentes du jeu et les dettes ont été restructurées de manière très ad hoc, sans égard excessif pour le caractère « sacro-saint » des contrats. Il est frappant aujourd’hui que le durcissement des droits des créanciers privés aille de pair avec leur ré-ancrage dans les juridictions nationales. Corollaire, les implications en termes de gouvernance locale et globale sont largement ignorées, comme en témoigne l’indifférence des juges new-yorkais, tant envers la souveraineté (et ses immunités) qu’envers l’action multilatérale...
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__(1) ..." L’Argentine, qui a laissé de très mauvais souvenirs à la communauté financière – le pays a fait plusieurs fois défaut –, a essayé, cependant, de regagner un peu la confiance des créanciers internationaux ces dernières années. Un accord a été trouvé dernièrement au sein du club de Paris (qui regroupe les principaux pays créanciers occidentaux). De même, le groupe espagnol Repsol a été indemnisé, à la suite de la nationalisation de tous les actifs pétroliers argentins du groupe, décidée par Cristina Kirchner.
    Dans une dernière tentative pour éviter un nouveau défaut, le gouvernement argentin dit étudier une opération d’échange de titres (swap) : les nouveaux titres obligataires seraient placés sous la législation argentine et non plus sous la loi américaine, ce qui rendrait caduc le jugement de la Cour suprême. Des spécialistes doutent cependant que le gouvernement argentin ait suffisamment de temps pour réaliser cette opération.
     Les deux fonds vautours vont-ils envoyer l’économie argentine au tapis ? C’est ce que redoutent de nombreux observateurs. À la suite du jugement de la Cour suprême américaine, de nombreuses ONG se sont alarmées de la situation, estimant que cette décision amenait à faire payer les plus pauvres, en saisissant les richesses nationales. Même le Fonds monétaire international s’est inquiété du jugement de la Cour suprême américaine. La décision risque, en effet, de faire jurisprudence : les créanciers privés peuvent refuser toute restructuration future des pays trop endettés, comme cela a été le cas au Mexique par exemple ou en Grèce dernièrement. Les pays submergés par les dettes n’auraient plus alors d’autre recours que de faire faillite de façon plus ou moins organisée. L’Argentine pourrait en être le premier exemple..."
__ (2) Voilà ce que disait à ce sujet (dans le cas de la Grèce) l’ancien banquier Rainer Voss, dans un documentaire diffusé  sur Arte: “En Grèce, il fallait empêcher à tout prix, à tout prix, une faillite de l’état, c’était la priorité, les emprunts grecs peuvent être régis selon deux systèmes bien distincts : le droit international, en général en anglais, ou le droit grec. La différence est la suivante : selon la législation grecque, l’état peut décréter que sur les 10 000 euros que vous avez prêté, vous n’en récupérerez que 4 000, c’est déjà arrivé. Selon le droit anglais, les créanciers doivent se réunir en assemblée pour décider si une transaction est autorisée ou pas. Autrement dit, si je suis un fonds d’investissement et que sur un emprunt de 100 millions j’en rachète 75 millions, je dispose d’une majorité qualifiée, je peux dire aux grecs, où vous nous donner l’argent, où on vous laisse couler et automatiquement vous serez en faillite. C’est comme ça qu’ils opèrent, ils essayent vraiment de vous pousser à bout, ils tentent par tous les moyens de vous imposer leur droit, jusqu’à ce que vous disiez, se trimbaler une sangsue à cause de ces 20 millions de merde. Alors vous payez et ils ont gagné. C’est la méthode qui a été employée pour les emprunts grecs, Il y a eu des rachats d’emprunts selon le droit international, il suffit de consulter une liste (…). Maintenant le droit grec vous oubliez, il y a peut être 50-70-100% des contrats conclus en droit anglais, ensuite vous regardez combien d’argent vous avez et comment les autres sont positionnés. Admettons que la proportion soit de 30% et pas de 100, et que sur un emprunt de 100 millions, vous vouliez en racheter 75 millions pour obtenir 75% des droits de vote, vous n’avez qu’à racheter 75% des 30 millions, autrement dit vous payez vos droits de vote 23 millions sur un emprunt de 100 millions, vous êtes gagnant, vous payez 23 millions pour obliger l’état à rembourser 100 millions, ça vaut le coup. (…) Voilà comment on procède, c’était une entreprise tout à fait courante, il n’y a pas qu’une entreprise qui l’a fait..."
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- Le scandale des fonds vautours face à l’Argentine…
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-Relayé par Agoravox
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