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lundi 28 avril 2014

Point d'histoire: 1914

     La course au désastre
                                        On va beaucoup célébrer, cette année.
  Jusqu'à saturation.
C'est déjà parti, au niveau national, local, à la télévision.
   Non sans instrumentalisation émotionnelle ou hypersimplification, parfois.
    Retour sur des images, parfois inédites, qui nous paraissent presque d'un autre âge, mais dont l'empreinte est encore présente, que nous le voulions ou non, malgré la disparitions des derniers acteurs et témoins.
   Mais il est à parier qu'on ne va guère se poser la question encore largement taboue concernant la question épineuse des responsabilités.
    La question: qui a commencé? n'a pas beaucoup de sens, car les commencements sont a rechercher loin en amont, si l'on ne veut pas tomber dans le piège aveuglant de l'événementiel.
   Mais on peut porter l'éclairage sur la question des responsabilités ultimes, en dehors de tout préjugé, de nationalisme étroit, de simple commémoration passive et stérile.
          "Si l’on veut que nos enfants comprennent pourquoi cette catastrophe a eu lieu, il faut être prêt à débattre des origines de la guerre. Si c’est pour aller dans un cimetière et se lamenter sur le sort des victimes, alors les commémorations n’auront servi à rien. Je trouve cela déprimant que la France soit si réticente à engager un débat sur les responsabilités de la guerre. Apparemment, les historiens français n’ont absolument pas envie de s’aventurer sur ce terrain. Il me semble qu’il y a une grande peur de réveiller les hostilités avec l’Allemagne. », signale l'historien anglais  Max Hastings.
      La question des origines est la seule intéressante, la répétition ad nauseam de documents sur les faits et leurs enchaînements ne donnant aucun éclairage sur le sens de cette guerre, absurde mais géopolitiquement explicable..
__________ Cette question est sur le chantier depuis longtemps chez les historiens, et ne cessera pas, tant la question est complexe. Le débat sera-t-il sans fin?
     Pas tout à fait, car à la lumière de nouveaux documents, à force de confrontations de poins de vue informés, toujours partiels mais le plus souvent pertinents, dans le dialogue normal et parfois conflictuel entre historiens de tous pays, de tous horizons...L'historiographie de la guerre de 14 se renouvelle sans cesse.
       Le poids du présent pèse encore sur l'interprétation des faits, notamment les aléas des relations franco-allemandes. Les mises en  parallèle entre notre époque et celle qui a précédé la tragédie mondiale sont encore parfois établies, comme l'a fait récemment JP Chevènement, de manière souvent intéressante, à la lumière des difficultés actuelles de la construction européenne.
  ________________On dit que Angela Merkel lit en ce moment le livre récent très érudit de l'historien  C.Clark: Les somnanbules, qui a la particularité de réduire la responsabilité du Reich allemand, en la portant d'avantage sur le couple serbo-russe et le rôle de Poincaré, dans le déclenchement fatal d'une mécanique dont plus personne n'a ensuite pu maîtriser le cours..
                                                   Un lecteur attentif de Clark, tout en reconnaissant l'intérêt de ce livre foisonnant et très pointu, s'interroge sur la notion de somnanbulisme, sur le titre qui à ses yeux fait problème, suggérant une certaine passivité des puissances vis à vis d'une tragédie que personne n'aurait sciemment voulu,  et sur le fait que minimiser la responsabilité allemande correspond à l'interprétation à chaud de Lloyd George 
   Il note: « Nous avons tous été entraînés dans la guerre.... »"Il est faux de dire qu’ils étaient loin de se rendre compte qu’ils approchaient du gouffre. Ils savaient parfaitement que la guerre était à l’horizon, l’admettaient comme inéluctable mais n’ont rien fait pour l’empêcher. Pourquoi ?Pourtant on appelle cette guerre la Grande guerre. Les Allemands qui jusqu’à présent n’utilisaient pas cette expression s’y mettent aussi. Dois-je en conclure qu’on appelle « grande », une affaire de « somnambules » ? Peut-on appeler cette orgie sanglante une « grande » guerre. Aucune guerre d’ailleurs ne peut s’appeler grande, ce devrait être une épithète interdite. Pas par une loi mais par nos pratiques de langage...
    Bref, le titre choisi est un bon coup marketing, il est aisément instrumentalisable sans doute parce qu’il charrie quelque chose de l’air du temps. C’est ainsi, en effet, que nous apparaissent nos hommes politiques d’aujourd’hui. Le discrédit qui les frappe est tel que nous imaginons volontiers qu’il devait en être de même avant 1914. Est-ce cependant la réalité sous la surface des choses ? C’est un titre qui bloque la réflexion  sur les origines de la guerre, sur ce qui en fait la matrice de ce qui est peut-être encore notre présent..."
        L'auteur cite l'historien, très contesté Outre-Rhin dans les années 60, Fritz Fischer, qui, dans les années 60,  avait secoué l’Allemagne avec son livre « Les buts de guerre de l’Empire allemand » qui faisait porter sur l’Allemagne le poids principal du déclenchement de la guerre.   Fritz Fischer considère qu’on ne peut pas traiter isolément la politique allemande de juillet 1914. : Elle n’apparaît sous son vrai jour, écrit-il, que si on la regarde comme un lien entre la politique d’expansion de l’Allemagne depuis les années 1890 et la politique des buts de guerre depuis août 1914 .    Aussi rappelle-t-il que la question se situe d’emblée dans un cadre impérialiste et de la volonté de faire passer l’Allemagne du statut de grande puissance à celle de puissance mondiale..." (*)
      Il rappelle qu' August Bebel, prenant la parole au Reichtag en novembre 1911, déclarait, de manière quasi prémonitoire: 
                "Ainsi de tous côtés on s’armera encore et encore […] jusqu’au moment où l’une ou l’autre partie dira plutôt une fin dans la terreur qu’une terreur sans fin […] Ce sera alors la catastrophe. Alors ce sera en Europe la grande mobilisation générale qui verra 16 à 18 millions d’hommes, dans la fleur de l’âge, de différentes nations, jetés les uns contre les autres sur les champs de bataille, armés des meilleurs instruments meurtriers.[...]. Le crépuscule des Dieux du monde bourgeois est annoncé[...].
                  Max Hastings, de son côté, cherchant à justifier l'intervention britannique, fait porter sur le Kaiser et à sa clique de généraux la responsabilité principale du déclenchement de la guerre et de l'invasion fatale de la Belgique, à l'origine de l'engagement de Londres.
       Présenter la première guerre industrielle mondiale comme une simple développement de mécanismes aveugles échappant à la volonté des hommes, comme le simple jeu des engagements réciproques, comme semble le suggérer Clarck (si on l'a bien lu), est souvent équivoque concernant une détermination plus nette des responsabilités initiales, surtout à la fin de son étude, et  n'est donc pas sans conséquences théoriques.
  Le débat rebondit...
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(*)  « Il est incontestable que, dans ce heurt d’intérêts politiques et militaires, de  ressentiments et d’idées qui atteignent leur maximum pendant la crise de  juillet, tous les gouvernements des pays européens engagés n’aient eu leur  part de responsabilité au déclenchement de la guerre mondiale. Il ne nous appartient pas de discuter en détail la responsabilité de la guerre, ni d’étudier ou de juger la responsabilité des hommes d’État et des militaires des puissances engagées dans le conflit. [...] Ici, il importe de démontrer les buts et la politique pratique du gouvernement allemand au cours de la crise de juillet.Une fois de plus, il faut souligner que sous l’effet des tensions internationales de l’année 1914, provoquées partiellement par la politique d’expansion de l’Allemagne qui avait entraîné déjà trois crises graves en 1905/1906, 1908/1909 et 1911/1912, chaque guerre localisée en Europe à laquelle se trouverait mêlée une grande puissance devait presque inévitablement provoquer une conflagration générale. L’Allemagne, confiante dans sa supériorité militaire, ayant voulu, souhaité et appuyé la guerre austro-serbe, prit sciemment le risque d’un conflit militaire avec la France et la Russie. Le gouvernement allemand portait ainsi la part décisive de la responsabilité historique de la guerre mondiale. La tentative de l’Allemagne d’arrêter en dernière minute cette fatalité ne diminue pas sa part de responsabilité. Ce n’est d’ailleurs que la menace d’une intervention anglaise qui donna lieu aux démarches allemandes à Vienne: ces démarches furent tentées, sans grande conviction, trop tard et aussitôt annulées.Les politiciens allemands et avec eux la propagande allemande pendant la guerre ainsi que l’historiographie allemande d’après-guerre – surtout après Versailles – soutinrent la thèse selon laquelle l’Allemagne fut contrainte de faire la guerre, ou au moins que la part de responsabilité allemande ne fut pas plus grande que celle des autres dans le sens donné et politiquement motivé par Lloyd George: « Nous avons tous été entraînés dans la guerre. » (-Fritz Fischer: pages 99-100)
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- Comment les belligérants ont financé 1914-1918
- L'intervention américaine dans la guerre de 1914-1918 
- La politique des emprunts étrangers aux USA
- La guerre et la dette
- La finance derrière la Grande Guerre
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Relayé par Agoravox
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